Livres disponibles aux éditions Le Mastin

Les Guerres de Vendée à Châtillon-sur-Sèvre

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Livre à paraître :

  • « Les Guerres de Vendée à Châtillon-sur-Sèvre », Tome 2 (sortie 4e trim. 2019) 
Les Guerres de Vendée à Châtillon-sur-Sèvre
De Mauléon à Bressuire :
la fin d’une communauté.
Tome 2 – 2019

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La Révolution Française à Châtillon-sur-Sèvre

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Livre disponible

  • « La Révolution Française à Châtillon-sur-Sèvre », Tome 1 (2018) 
La Révolution Française à Châtillon-sur-Sèvre
Les secrets d’une ville sacrifiée
Tome 1 – 2018

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Quand le curé de Périgné découvre enfin la quadrature du cercle

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Laurent Potier-des-Laurières est un auteur deux-sévrien peu connu. Voire pas connu du tout. Il a pourtant laissé une somme de travaux savants, un brin improbables, sur la Voie lactée, la quadrature du cercle, les marées, etc.

Le curé Potier-des-Laurières était persuadé d’avoir trouvé la quadrature du cercle. (source Gallica)

S’il est démontré que « chercher la quadrature du cercle » (et la trouver enfin) est une quête impossible, il a fallu tout de même 3 000 ans pour s’en convaincre. Jusqu’en 1882, date à laquelle le sujet a été définitivement clos, bien des savants se sont échinés à résoudre l’énigme. Non sans entendre ou lire les sarcasmes de leurs contemporains. C’est ce qui est arrivé au dénommé Potier-des-Laurières.

Né au Mans au milieu du 18e siècle, Laurent Potier-des-Laurières est curé de Périgné en Deux-Sèvres depuis 25 ans lorsqu’il sollicite l’aide du Département pour éditer sa trouvaille. Et ce n’est pas rien. Il a enfin résolu la quadrature du cercle ! Vraiment. Ses arguments sont en tout cas assez convaincants pour qu’en 1804 soit publié, aux frais du gouvernement, sa « nouvelle découverte qui embrasse toute la géométrie » et « qui va reculer les bornes de l’esprit humain ». Le contenu du livre est à l’avenant, emprunt d’une humilité inversement proportionnelle à la racine cubique de la valeur de son travail. Après avoir envoyé son livre aux plus hautes instances, l’auteur reçoit des lettres polies de félicitations.

Ravi de lire celles du ministre de l’Intérieur et de l’Institut (en réalité la même pour tous les auteurs), Potier-des-Laurières prend ces louanges pour argent comptant (c’est le cas de le dire) et réclame 150 000 F. Il estime en effet que cette somme lui est due conformément au testament d’un dénommé de Meley. Lequel avait promis cette jolie prime à qui résoudrait l’énigme de la quadrature du cercle. Estimant avoir atteint ce but, le curé de Périgné demande donc qu’on exécute la promesse. En vain.

« Comme ce malheureux pasteur de Périgné frappait à toutes les portes, lit-on dans les Annales encyclopédiques, les journalistes de la capitale lui conseillèrent sagement de renoncer aux courbes et de s’en retourner au plus tôt par la ligne droite, comme étant le chemin le plus court de Paris à son presbytère, qu’il aurait probablement mieux fait de ne jamais quitter ». Le propos est acerbe. La critique littéraire de l’époque l’est plus encore.

« Il faut l’avouer à notre honte, cet ouvrage est si savant, qu’ayant voulu le lire nous ne pûmes le comprendre », rapporte Le Journal des arts, de littérature et de commerce en 1805. L’auteur de cette critique ajoute, cruel, que « l’esprit humain est sujet à certaines maladies, et parmi ces maladies il en est qui affligent plus particulièrement les cervelles savantes ; les symptômes de ces maladies sont les recherches chimériques ». La messe est dite pour le curé de Périgné renvoyé au rang des « quadrateurs » qui depuis tout temps « prêtent à rire à leurs dépens ».

Xavier MAUDET

Le Choletais Tessié du Motay, inventeur et terroriste

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Nul n’est prophète en son pays. C’est peut être ce que s’est dit un jour Cyprien-Marie Tessié du Motay (ou de la Motte) dont l’historiographie locale n’a pas retenu le nom. Entre sa naissance à Cholet en 1818 et son décès en 1880 à New-York, ce Choletais aura pourtant connu une vie aussi riche que palpitante, parfois aussi, fort aventureuse.

A Cholet, son père, dont la famille était originaire du Saumurois, n’est pas n’importe qui. Epoux de Victoire Virginie Tharreau de la Brosse (fille de gros négociants en toiles et mouchoirs de Cholet), Cyprien Tessié-Tharreau a été nommé maire de Cholet de 1830 à 1838. Il sera mystérieusement assassiné par un homme de 19 ans le 29 mars 1838 à l’hôtel de Danemark à Paris où il avait coutume de descendre pour ses affaires.

Cyprien Tessié du Motay (1818-1880)

Un an plus tard, son fils alors âgé de 21 ans, peut être ébranlé par l’assassinat au couteau de son père, déposait un brevet pour perfectionner les fusils destinés à la chasse et à l’armée ! Le Choletais proposait un nouveau procédé pour charger une arme à feu par la culasse « se composant d’une platine intérieure renfermée dans le bois même du fusil, montée sur une sous-garde fixe en fer, et ne comportant que trois pièces principales ». Nous n’avons pas connaissance que cette invention ait fait des étincelles. Mais le jeune Choletais n’a manifestement pas qu’une cartouche en réserve.

Il poursuit ses réflexions et étudie la propulsion par air comprimé. Il travaille même à la construction d’une locomotive à Cholet. En 1839, il est attiré par les travaux d’un homologue ingénieur, Antoine Andraud. Il s’associe avec lui et tous deux poursuivent leurs recherches à Paris sur la propulsion des véhicules avec de l’air comprimé. En 1840, ils déposent un brevet pour un récipient capable de résister à de très fortes pressions. Leur première locomotive sera construite en 1841 et réussira à transporter 8 voyageurs sur plus d’1 kilomètre. Le 26 août 1844, les deux associés Arnaud et Tessié du Motay lancèrent sur la ligne Paris Versailles une nouvelle locomotive à air comprimé.

Fort de ces travaux, Tessié du Motay imagine aussi un tunnel sous la Manche équipé d’un système à air comprimé. Le riche Choletais ne s’arrête pas aux inventions. Il écrit aussi, des poèmes, et fréquente, dit-on, Hugo, Chateaubriand… Ami de Gérard de Nerval, le Choletais s’aventure aussi en politique et sera secrétaire de l’assemblée générale des actionnaires de la Démocratie pacifique.

Ce sont ses convictions politiques qui le propulsent dans la lumière, ou plutôt à l’ombre. Tessié du Motay participe à « l’Affaire du 13 juin 1849 » qui « avait excité au plus haut point l’intérêt de la France et même de l’Europe entière » écrit en 1850 Pascal Rhaye. Ledru Rollin et ses amis, opposés aux conservateurs et au gouvernement d’Odilon Barrot, regroupent des opposants, démocrates, républicains radicaux et socialistes, qui refusent l’envoi de troupes à Rome, pour soutenir le pape Pie IX, contre la jeune république romaine. Après une tentative de coup d’Etat, « Tessier-Dumotay » est accusé de complot et d’attentat. Il fait partie du groupe dit des « Condamnés de Versailles ». Jugé par contumace, il est d’abord condamné à mort puis à la déportation le 15 novembre 1849.

De Londres, il revient à Paris dès 1850 et poursuit ses travaux scientifiques. Il mène des recherches sur les gaz d’éclairage (brevet en 1865) et ses travaux lui valent de recevoir la légion d’Honneur des mains de l’empereur Napoléon III. Séjournant à Metz, il participera aussi à l’invention de la phototypie, un nouveau procédé d’impression. Invité par la ville de New-York en 1880 à qui il a vendu un brevet sur la distribution du gaz de ville, le Choletais Cyprien-Marie Tessié du Motay décède à l’âge de 62 ans. Une rue porte son nom. Pas à Cholet, à Metz…

Xavier MAUDET

Sources

« Les Condamnés de Versailles » par Pascal Rhaye, 1850.

Institut national de la propriété industrielle, brevets du 19e siècle

Geneanet, généalogie de Gilles Dementque

« Les Chemins de fer atmosphériques » Paul Smith, Revue des patrimoines, 2009

L’Ouest Eclair, 17 août 1920

« Fouriérisme, politique et chimères chez Gérard de Nerval », revue Romane 36, 2001

Figuier, « Les merveilles de la science », 1867-1891

Plus de 1000 victimes d’épidémies à Niort

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Cette liste datée de 1796 n’est qu’un court exemple des longues listes qui figurent dans les registres d’état-civil de Niort et qui précisent la nature de la maladie qui a causé la mort des soldats bleus. (Source : AD79)

La maladie aurait-elle fait plus de morts que les blessures pendant les guerres de Vendée ? La question mérite d’être posée même si la réponse sera sans doute bien difficile à apporter tant les sources manquent. Au-delà des massacres indéniables dont ont été victimes principalement les contre-révolutionnaires, en particulier les Vendéens « Blancs » par dizaines de milliers, on constate dans certaines archives une part considérable de décès par maladie.
Les registres d’état-civil de Niort sont à ce titre très éloquents. Des centaines de soldats bleus décèdent de « dysentrie putride » ou de diarrhée en 1794. C’est une véritable hécatombe. Et sans doute les prisonniers enfermés au donjon de Niort subissent-ils le même sort, décédés avant même d’avoir pu être jugés ou élargis.

Dès le premier acte inscrit dans le registre ouvert le 14 ventôse de l’an 2 (4 mars 1794), on relève un individu mort « à l’infirmerie du château ». La cause du décès n’est pas précisée, mais le lieu du trépas et l’origine du défunt, la Chapelle-Fenery, laissent penser qu’il s’agit d’un prisonnier. Sans doute n’aurait-il de toute façon pas échappé à son destin funeste, puisque le même jour de son décès par maladie, 73 prisonniers sont exécutés. Il ne faut pas attendre bien longtemps, une journée seulement, pour qu’un nouveau décès soit enregistré à l’hôpital. Jean Guérin de Saint-Maixent meurt à l’âge de 72 ans. Reste que ces actes ne prouvent en rien la présence d’une épidémie.

Les premiers mois de 1794, on assiste d’une part aux décès par exécution des détenus, d’autre part à la mort de plusieurs autres détenus à l’infirmerie de l’hôpital, sans autre précision. Le rythme est soutenu. Le Châtillonnais Gabriel Béraud, meunier de 40 ans, patriote puis capitaine de paroisse, n’a pas le temps de voir ses juges. C’est à cette époque qu’il meurt à l’infirmerie de la prison du donjon avec 20 autres compagnons d’infortune. On relève d’autres décès d’individus plus jeunes dans leur maison en ville, dont plusieurs autres Châtillonnais. C’est le cas de Louise-Marguerite Mazure morte à l’âge de 15 ans au domicile de la logeuse de la famille.

La première liste de décès de 7 soldats bleus date du 6 fructidor an 2, soit le 23 août 1794. On les déclare décédés à l’hôpital de Niort dix jours plus tôt. Aucun motif n’est à cette date encore précisé. A partir de cette fin août, les soldats tombent les uns après les autres, plusieurs chaque jour. L’officier de l’état-civil en inscrit des dizaines à la fois. L’acte est invariablement succinct, le temps presse : « François Delages, fusilier au 3e bataillon de la Charente, natif de Dirac, district d’Angoulême, département de la Charente, est mort audit hôpital, le quatre de ce mois », etc. On ne sait rien de plus de ces pauvres hommes, pas même leur âge.
Chez les civils aussi la morbidité est très élevée. La femme et les enfants du notaire Belliard meurent sans doute de l’épidémie qui infecte les rues et les habitations. Des enfants, des hommes et des femmes dans la force de l’âge, des vieillards tombent.
Le 21 fructidor, les causes de tous ces décès commencent à être mentionnées. Ainsi, « Jean-Baptiste Lautré, ouvrier à l’arsenal de Niort, du département de la Côte d’Or, est décédé audit hôpital (de Niort), le 13 de ce mois, de la dysenterie putride ». Cette maladie sans doute provoquée par une intoxication aux salmonelles, provoque une violente diarrhée et une « fièvre maligne continue ». D’autres décèdent de « maladie de poitrine » ou des suites d’une « fièvre putride vermineuse ». Dans ce dernier cas, les victimes vomissent des vers.
Le 27 fructidor, l’officier d’état-civil inscrit le nom de 18 nouvelles victimes, tous soldats morts de maladie. Le 29, il y en a 13 autres qui disparaissent pour les mêmes raisons. Louis Vergé de La Chapelle-Seguin, volontaire de la compagnie franche de Laberie (?) meurt d’une fièvre putride le même jour.

Le 3 vendémiaire, la liste s’allonge : 16 morts, puis 11 le lendemain. Et toujours la dysenterie qui sévit tant dans les rangs des soldats que dans les geôles des détenus. Le 11 vendémiaire Vincent Guenet, natif de la Rochelle, ne survit pas à une hydropisie (œdème). Sylvain Brunet de Montreuil est achevé par une fluxion de poitrine.
Le 26 vendémiaire (17 octobre 1794), plus d’une trentaine de soldats sont enterrés, 25 trois jours plus tard et encore 21 le 9 brumaire (30 octobre). L’épidémie ne s’arrête pas. Le 28 brumaire, 66 noms s’ajoutent à l’interminable liste morbide. Michel Penant, originaire de Mouzueil en Vendée fait figure d’exception dans cette interminable litanie de malades. Faisant partie de la réquisition de Fontenay-le-Peuple, il meurt des suites d’une fracture aux os de l’avant-bras. Tout autour de lui ça n’est que dysenterie, diarrhée, « inflammation du bas ventre », « palpitation violente », esquinancie (inflammation des amygdales : angine) ou anasarque (oedème généralisé). Comment dans ces conditions survivre à la simple fracture d’un bras ?
Antoine Pigeac, soldat, meurt, lui, d’épuisement.

Les premières semaines de 1795 s’égrènent à la manière des derniers mois de 1794, dans une ambiance de mort. En janvier, plus de 650 soldats semblent être déjà décédés dans ces conditions à Niort. Peu de militaires présentent alors une gangrène suggérant une blessure mal soignée. Rares sont ceux qui meurent de blessures avant mars 1795. Ensuite, les cas dysenterie paraissent régresser et les décès concernent désormais un peu plus les blessés. Mais le manque d’hygiène est aussi dévastateur. On meurt de la gale, des vers… Au 2 prairial an 3 (21 mai 1795), l’hécatombe est de 1 000 victimes au total chez les militaires. Combien chez les civils ? On ne le sait pas.
Un des derniers soldats à inscrire son nom dans le carnet mortuaire de Niort celle année là est François Millet, vétéran national né à Saint-Pompain, entré le 13 thermidor à l’hôpital et mort le lendemain…. de vieillesse.

L’année 1796 est aussi jalonnée de longue listes de décès. Cette fois le scorbut, synonyme de mauvaise nutrition, s’invite au cortège funèbre.

Ainsi, bien plus d’un millier de soldats de la République sont morts dans la seule ville de Niort, dans leur très grande majorité, des suites de maladie. La population civile, notamment celle des réfugiés n’est guère épargnée. On peut ainsi estimer sans exagération que plus de 2000 individus ont perdu la vie à Niort entre 1793 à 1797 des suite des épidémies en tout genre.

Or, l’observation des registres de Poitiers à cette même époque fait aussi état de centaines de morts dans les rangs des militaires et des civils. Les causes ne sont pas indiquées hélas mais il y de fortes présomptions pour que ce soit pour les mêmes raisons.
Ville de garnison après ville de garnison, un état des lieux permettrait de recenser sans doute des milliers, voire des dizaines de milliers de morts collatéraux aux guerres de Vendée, victimes de la violence du déracinement puis de la malnutrition, du manque d’hygiène et de la maladie.

Xavier MAUDET

René-Pierre-François Morand (1744-1813)

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Rapport de Morand pour la création d’un jardin botanique à Niort.

Il existe peu d’écrits d’auteurs châtillonnais datés d’avant la Révolution. L’un des rares ouvrages que nous connaissons a été écrit par un docteur en médecin, René-Pierre-François Morand (1744-1813). Cet homme est instruit, lettré et doué d’un talent d’écriture indiscutable.
Né au Temple (à l’ancienne commanderie des Templiers que possèdent ses parents), il est le fils de René-Pierre Morand de la Roussière, avocat au parlement et fermier de la commanderie du Temple, et de Jeanne-Louise Moreau.
Le fils Morand a une soeur mariée à Guitton de Maulévrier, une autre épouse de Chauvière de la Pagerie, ancien président de l’élection de Châtillon.
Lorsque Morand se marie en 1776 à Catherine Robert, il est déjà installé à Niort où il exerce son art. Quinze ans plus tard, il est un des plus ardent défenseurs des réformes de la République qu’il accompagne en tant que secrétaire du directoire du département.
En 1797, alors qu’il est député à Paris, il rédige avec son compatriote Tharreau de Châtillon, un mémoire. Morand y fait la promotion d’un projet de création, pour l’école centrale du département des Deux-Sèvres, d’un jardin botanique au pied du Donjon de Niort.
Le texte publié suite à la séance du 8 septembre 1798 est bien écrit, rythmé, argumenté, savant. Mais aussi imprégné de quelques sentiments républicains.

Ainsi, à propos du donjon utilisé des années durant et devenu finalement un véritable mouroir pendant les guerres de Vendée, Morand indique que « le château de Niort est un poste militaire, dont l’utilité a été plus d’une fois reconnue durant les malheureux troubles de l’Ouest ».
Plus loin, il constate que « c’est à la botanique en particulier que le sol de la République est redevable de la plus grande partie des productions qui l’enrichissent »
Il fonde aussi l’espoir que « l’instruction viendra encore ici désabuser le propriétaire égoïste, et le forcer, par son propre intérêt, à employer une partie de sa fortune à contribuer au bien général de la société. »

Morand montre aussi beaucoup de conviction dans la promotion de la botanique comme support pédagogique.

« Combien il serait à désirer qu’on en inspirât le goût dans toutes les écoles ! goût salutaire qui rapproche de la nature, en rendant la promenade et la campagne plus agréables et plus intéressantes »
Il ajoute : « Voulez-vous instituteurs procurer à vos élèves des récréations instructives ? […] Enseignez-leur la botanique, ou pour mieux dire, faites-vous un amusement de l’étudier avec eux. »

Morand n’est pas un écrivain très prolixe. Outre ce rapport d’une dizaine de pages seulement, on lui doit un autre texte. Il s’agit de la critique d’un livre dont il n’est pas l’auteur mais qu’il promeut devant ses collègues élus du Conseil des anciens. Nous sommes le 7 mars 1799 et le livre s’intitule : « Voyages de Pythagore en Egypte ». Morand écrit :

« Idolâtre des vertus républicaines, l’indépendance, l’égalité , la frugalité , etc. , il en avait conçu une si haute idée que très peu de gens, à ses yeux portaient ces vertus dans leur cœur, et étaient capables d’en faire la règle de leur conduite. Le peuple, tel qu’il le trouva presqu’en tous lieux, rempli de superstition et sans mœurs ne lui semblait pas fait pour être libre. »

A croire qu’il décrit ses voisins. A croire aussi qu’il s’identifie à son héros :

« L’homme éclairé et sage était le républicain de Pythagore, les hommes-peuple, c’est-à-dire corrompus par le contact d’une population plus nombreuse que choisie ne lui paraissaient qu’un troupeau qu’il faut mener doucement, mais, pour ainsi dire, à la baguette. »

Ainsi, 5 ans après les massacres et « les orages inséparables de la plus étonnante des révolutions », Morand assume.

Le Bois-Fichet, de 1350 à nos jours

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Le nom de la famille Petit est attaché depuis au moins le début du 15e siècle à la seigneurie du Bois-Fichet de Mauléon (Saint-Jouin). Mais ces seigneurs de la Guierche (Saint-Amand) et de Saint-Mesmin n’ont pas toujours possédé ce domaine d’existence très ancienne.

De l’ancienne maison noble du Bois-Fichet ne reste aujourd’hui que la très belle ancienne porte (à droite). La jolie demeure a été construite au tout début du 20e siècle.

Le premier propriétaire connu est le vicomte de Thouars. C’est à cette puissante famille, propriétaire de la châtellenie de Mauléon, que les Clisson semblent avoir acheté au milieu du 14e siècle les terres des Deffends et donc du Bois-Fichet qui en dépendent. Clisson était seigneur de La Garnache, de Montaigu, de Châteaumur, de Palluau, des Deffends, etc.

A sa mort en 1407, Olivier de Clisson laisse à sa famille sa seigneurie des Deffends (Montravers) dont dépendait le Bois-Fichet, La Guierche, etc. Sa fille, Marguerite de Clisson était l’épouse de Jean de Châtillon-sur-Marne, comte de Penthièvre, duc de Bretagne, baron de Châteaumur, Fief-L’Evêque, etc.
Cet homme avait pour gouverneur un dénommé Petit dont le fils, Guillaume, aurait épousé sa fille naturelle, une « dame du Bois-Fichet ». Lors du mariage, la promise reçut de son père en dot les terres des Deffends et ses dépendances. Des deux garçons issus de cette union se partagèrent les biens de leur mère. René Petit reçut La Guierche et Puy-Jourdain (Saint-Amand). Son frère Pierre devint le propriétaire des Deffends et du Bois-Fichet. Le Bois-Fichet passa ensuite par alliance à la famille des Mesnard de Toucheprès. Ils l’ont conservé jusqu’à la fin du 17e siècle.
En 1688, les descendants des Mesnard, ruinés, vendent pour 100 000 livres les Deffends à Pellot de Trévières (1613-1689). Cet homme était très proche du premier ministre de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert. Les Mesnard conservent conservent le Bois-Fichet, la Congrière et le Puyrioux mais doivent désormais rendre hommage au nouveau propriétaire du fief, Pellot de Trévières.

Mais après ? Qui a ensuite possédé le domaine ?

Un indice est apporté par les Affiches du Poitou. En 1784, une demoiselle Grimouard décide de vendre sa propriété constituée d’un château, de borderies, de métairies, de vignes et de dîmes, le tout situé à Saint-Jouin-sous-Châtillon. La demoiselle habitait alors « en son hôtel à Niort » et avait mandaté pour cette transaction le notaire de Châtillon-sur-Sèvre, Gouraud.
Comment cette femme était-elle entrée en possession du Bois-Fichet ?
Cette dame s’appelait Thérèse-Charlotte Grimouard (1749-1838). Elle était la fille de Jacques-Geoffroy Grimouard du Péré (1697-1776), seigneur du Bois-Fichet et d’Anne-Benigne Camus de la Beuvrie (NOTE : Famille Camus de Villefort, seigneurie d’Yzernay ). C’est par les Camus que la Niortaise est devenue propriétaire de ce lieu (La seigneurie avait été rachetée (après 1693) par le grand-père de Thérèse-Charlotte, Abel Camus (1667-1734) à Marie Vinet, veuve Mesnard de Toucheprès.) que l’on dit avoir été le siège d’un camp du chevalier Duguesclin (NOTE : Clisson, général de Charles V était frère d’armes de Du Guesclin dans les combats contre les Anglais, lesquels tenaient Thouars et donc tout son territoire).

Vue aérienne du Bois-Fichet prise en 2011 (doc IGN)

Dépossédée de ses biens à la Révolution, la propriétaire est inquiétée et même emprisonnée à Niort.
« N’écoutant que notre zèle pour la chose publique, nous avons fait arrêter, dès le 25 mars dernier, plus de trois cents individus que nous suspectons de favoriser les projets contre-révolutionnaires. Fidélité inviolable à la République, une et indivisible. Attachement sans bornes à la Convention nationale, à ces généreux Montagnards dont la mâle énergie les a délivrés des fédéralistes, des traîtres de la Vendée et des despotes coalisés. Liberté, égalité ou la mort » revendiquent les Républicains Jean-Baptiste Poupard (président du directoire, domicilié à Châtillon), Sauzeau, Fribault, Jard, Albert, Lavergne, Proa, Averti, Monnet-Lorbeau, Guilbaud, Morand (originaire du Temple près de Châtillon) et Guérin.

Figurant dans la liste des suspects de crimes contre-révolutionnaires ou pour cause d’incivisme arrêtés et emprisonnés dans la maison du Péré à Niort, la dame du Bois-Fichet aurait ensuite émigré ou été déportée en Espagne. Elle en revient quelques temps plus tard mais n’est pas rayée des listes des émigrés. Lorsqu’en 1797 après l’affaire du 18 thermidor an 5, les administrateurs du département des Deux-Sèvres examinent la liste des émigrés non régularisés, la demoiselle Grimouard fait partie des individus contrainte de sortir sous un très bref délai des limites de la République. Elle demande le 19 septembre 1797 un passeport pour rejoindre la péninsule ibérique.
A son retour, on la voit qui « fait promesse de fidélité à la Constitution » devant le préfet ou le sous-préfet. Ce n’est qu’à cette condition qu’elle est rayée de la liste des émigrés le 14 novembre 1800. Son nom figure dans la même liste que celle où sont inscrits Edouard-Charles-René Victurnien Colbert-Maulévrier « de Paris » ; Elisabeth-Charlotte Denis (du Chiron), femme de Jean-Fidèle Bersy, de Saumur ; René-Gérard Hunault de La Chevallerie marié à une fille Jouault, etc.

En 1784, on l’a dit plus haut, la demoiselle Grimouard met en vente son bien. En octobre 1786, elle réussit à le placer en viager auprès de Jacques-Etienne Merland de La Guichardière, trésorier de France au bureau des Finances de Poitiers. Le contrat spécifie manifestement une occupation des lieux puisque le nouveau propriétaire entreprend de l’occuper. Un projet qui ne convient pas à un dénommé Gabard, farouchement opposé à cette installation. Il occupe l’habitation et exploite les terres sans titre.
Le procès qui s’ensuit s’éternise jusqu’en 1792. Dans son combat, Merland de La Guichardière se fait épauler par le sénéchal de Châtillon, François Chauvin. Le tribunal des Deffends donne raison à Gabard en première instance. La décision est cassée en appel par le tribunal de Châtillon.

En 1799, 30 à 40 « brigands » Vendéens pillent et dévastent le Bois-Fichet qui avait été manifestement épargné par les colonnes infernales. Le propriétaire au passé républicain avéré, ne dut son salut qu’à la rançon que ses fermiers payèrent à ses agresseurs.

Depuis la Révolution Le Bois-Fichet a appartenu aux Merland de la Guichardière puis aux Merland de la Maufreyère pour échoir à la famille du Réau de la Gaignonnière.

de Pontis, « né à Châtillon » (inédit)

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L’escroc qui se disait natif de Mauléon

Pierre Coignard, habile escroc et usurpateur d’identité. (Doc Gallica)

« Chef de bataillon, comte André-Pierre de Pontis de Sainte-Hélène, né le 24 novembre 1774, à Châtillon-sur-Sèvre, département des Deux-Sèvres, fils de Pierre de Pontis, comte de Sainte-Hélène, et de demoiselle de Linière d’Aubusson de la Feuillade… »
Inutile de rechercher l’acte de baptême de cet homme dans les registres paroissiaux de Châtillon (Mauléon, 79). Non seulement ces précieux documents ont tous été détruits au moment des guerres de Vendée ; mais surtout, cette naissance n’a jamais existé. Tout est faux. Le père, la mère, le patronyme ronflant ne sont que pure invention.
L’auteur de cette usurpation d’identité s’appelle Pierre Coignard. A l’heure de ce nouveau mensonge, l’escroc compte déjà un joli palmarès de roublardises et de vols à son actif. Son histoire quelque peu rocambolesque a d’ailleurs fait l’objet de plusieurs publications, dont un livre de 370 pages « Pierre Coignard ou Le forçat-colonel ». « Coignard méritait tout autant que Vidocq de survivre à son époque » justifient les auteurs de cet ouvrage.

Pierre Coignard n’est donc pas né à Châtillon-sur-Sèvre contrairement à ses affirmations, mais en Touraine. Il a vu le jour le 29 novembre 1770 à Langeais dans la famille d’un sellier sans histoire. Le jeune Coignard entre dans l’armée et participe aux guerres de Vendée où sa conduite est surtout celle d’un pillard sans foi ni loi. « Perpétuel transfuge, il passait d’un camp à un autre » rapporte Vidocq dans ses mémoires. « S’était-il attiré quelque désagrément chez les bleus, il passait aux blancs ; et si ces derniers lui cherchaient noise quelques-uns des larcins dont il s’était rendu coupable, afin de se dérober à la poursuite, il revenait aux bleus. A chaque instant il se voyait contraint de déguerpir parce qu’il s’était compromis. Aussi ferait-on une longue liste des lieux où il n’a fait que paraître et disparaître, des noms qu’il a portés, et des régiments où il a servi » complète l’ex-bagnard devenu chef de la Sureté à Paris.
Pendant qu’il servait la République un jour, les Vendéens le lendemain, Coignard a donc sillonné le bocage où il semble avoir collecté quelques renseignements. Ils s’avéreront précieux pour se créer bientôt une nouvelle identité.
De retour à la vie civile, Pierre Coignard escroque la famille poitevine Montausier, dérobe pour 100 000 livres d’or et de diamants à un juif et finit par se faire prendre. Sa première condamnation en 1801 est très lourde : 14 ans aux fers. Mais quatre ans après son incarcération au bagne de Toulon, il réussit à s’évader. Il s’enfuit en Espagne où il croise un certain l’abbé Langenay, et s’invente alors une autre vie, se créé un autre personnage, ô combien plus flamboyant. Après avoir habilement maquillé un registre matricule militaire, il réussit à se faire incorporer dans l’Armée. C’est à ce moment qu’il devient le fameux comte de Sainte-Hélène, André-Pierre de Pontis. L’escroc déclare être né à Châtillon-sur-Sèvre en 1774. Pourquoi ? Mystère. Au vu de ses états de service (fictifs), on le place d’emblée au commandement d’une troupe.

Au sujet du patronyme, peut-être l’usurpateur s’est-il librement inspiré des mémoires, véridiques ceux-là, de Louis de Pontis « qui a servi dans les armées cinquante-six ans, sous les rois Henri IV, Louis XIII et Louis XIV« . A moins que la veuve Pontes connue en Espagne n’ait été à l’origine du nom.
Lors de son procès, l’avocat général l’interroge sur le choix incongru de son lieu de naissance. A peine embarrassé, le prévenu se borne à dire qu’il s’agit d’une erreur. Pour compléter la fantaisie du curieux individu, l’enquête conduite pour le confondre établit qu’il a écrit une lettre au maire d’une commune du bocage pour obtenir de sa part un acte de baptême en bonne et due forme. La première localité qui vient à l’esprit est Châtillon-sur-Sèvre pour suivre sa logique. Ce n’est pas le cas, c’est le maire de Saint-Pierre-du-Chemin en Vendée que Coignard a sollicité et tenté de soudoyer contre un brevet d’officier pour son fils et la Croix de Saint-Louis pour l’édile.
Flairant l’entourloupe, le maire, dont Coignard avait à l’évidence sous-estimé la pugnacité, communique ses doutes au préfet de Vendée. Il lui écrit le 23 juillet 1816. L’affaire est classée sans suite mais monsieur le comte de Sainte-Hélène est désormais dans le collimateur des autorités. Il ignore qu’il est surveillé et poursuit donc ses activités délictueuses. Les plaintes s’accumulent. Il est finalement arrêté à Paris par les hommes de Vidocq début 1818 et incarcéré à La Force. Son second procès démarre le 3 juillet 1818. Il s’agit alors de faire la lumière sur l’identité véritable du prévenu. Une fois celle-ci établie, Pierre Coignard est jugé pour ses très nombreux méfaits un an plus tard. Bilan : travaux forcés à perpétué. Il est enfermé à Bicêtre puis conduit enchaîné de Paris au bagne de Toulon où il est reconnu par ses anciens compagnons de cellule comme Pierre Coignard. C’est au port militaire de Brest, où il a été conduit en 1829, qu’il achève son parcours tumultueux. Les pseudo Châtillonnais meurt le 19 décembre 1834 à l’âge de 64 ans. Sur son acte de décès, l’administration entérine son imposture et le dit cette fois né à Soissons dans l’Aisne…

Si le souvenir de l’usurpateur s’est depuis replié dans l’oubli, il est assez déconcertant de croiser dans la région un des frères du bagnard. Casimir-François, ferblantier à Thouars, s’est en-effet marié en 1811 à Parthenay à une tourangelle fille d’un horloger. Au même moment, le grand-frère malfrat se trouvait en Espagne où il s’inventait une vie de lieutenant-colonel, comte de Sainte-Hélène né à Châtillon, à quelques lieues seulement de Thouars et de Parthenay. Cette « proximité » n’aura jamais été soulignée lors de son procès.

Xavier MAUDET

Châtillon-le-Château

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Quand Mauléon s’appelait Châtillon-le-Château (inédit)

Plusieurs Almanachs royaux en témoignent, Mauléon s’est aussi appelé Châtillon-le-Château à partir de 1736, et non pas seulement Châtillon-sur-Sèvre (doc. Gallica)

L’histoire est bien connue, la ville actuelle de Mauléon a porté plusieurs dénominations. Alors que la cité comptait jusqu’au 18e siècle quatre paroisses ; Saint-Pierre, Sainte-Melaine, La Trinité et Saint-Jouin, le duc de Châtillon, nouveau propriétaire des lieux décide de rebaptiser la place pour marquer son territoire. Alexis de Châtillon venait d’être choisi par le roi pour être le gouverneur du dauphin, fils de Louis XV (et père du futur Louis XVI), une activité qu’il allait occuper pendant huit ans à Paris.
Le Dauphin est « passé aux hommes » avec six mois d’avance le 15 janvier 1736. Selon La Gazette, « la santé de M. le Dauphin et son esprit, plus sensé qu’il ne l’est d’ordinaire à cet âge, ont déterminé le roi à ne pas suivre l’ancien usage ». Le comte Charles-Alexis de Châtillon est désigné dans son rôle le 12 novembre 1735 avec la triple fonction de gouverneur, de maître de la garde-robe et de premier gentilhomme de la chambre du Dauphin. (NOTE : MORMICHE Pascale, Devenir prince: L’école du pouvoir en France. XVIIe-XVIIIe siècles, CNRS Editions, 2009).
Pour sa nouvelle propriété poitevine érigée en duché-pairie par le roi, le duc de Châtillon choisit le nom de Châtillon-sur-Sèvre. Nous sommes en 1736 et cette parenthèse durera 230 ans. En 1965 le cité a repris le nom originel de Mauléon et réunit à nouveau ses paroisses dont l’une avait été détachée en commune autonome à la Révolution.
Ce que nous ignorions jusqu’à présent, c’est qu’une autre appellation était employée à la même époque pour désigner la ville : Châtillon-le-Château. On ne peut s’empêcher de rapprocher cette appellation de celle d’Argenton-Château qui, depuis 1515, était aussi une propriété de la famille de Châtillon. Ainsi dans plusieurs dizaines de numéros de l’Almanach Royal des années courant de 1744 à 1789 on remarque à chaque édition la mention « Châtillon-le-Château ci-devant Mauléon » pour désigner la localité. Elle était alors l’une des neuf capitales d’élection de la province du Poitou.
Le « palais », centre administratif de cette élection chargé de gérer la collecte des impôts dans le ressort de ses 75 paroisses, a été construit au coeur même du vieux château-fort par le duc de Châtillon en 1736. Sans doute le donjon originel de cette forteresse n’existait-il plus après les affres des guerres de religion, permettant la construction d’un bâtiment fade, sans âme. Jusqu’à la Révolution, ce palais était le siège de l’administration châtillonnaise comme l’était aussi le Vieux-Deffends situé près de Montravers. Les deux centres avaient des prérogatives et des territoires différents.
C’était sans doute ce siège que voulait désigner le nom administratif de Châtillon-le-Château. Il n’en reste pas moins que cette appellation est celle qui est reprise dans plusieurs autres ouvrages d’époque jusqu’au 19e siècle, notamment dans le « Dictionnaire géographique, historique et politique des gaules et de la France » (1764), le « Dictionnaire universel de la France (1771), « Encyclopédie ou Dictionnaire universel raisonné des connaissances humaines » (1771), « Encyclopédie méthodique » (1782), « Géographie moderne » (1788), « Cours d’histoire des états européens » (1830), « Etat de la France en 1789 » (1861), « L’administration sous l’ancien régime » (1865), etc.
Seul l’ouvrage en latin édité en Allemagne en 1829 « Vergleichendes Worterbuch der alten, mittleren und neuen Geographie » associe les deux appellations dans un même article : Châtillon-le-Château et Châtillon-sur-Sèvre.

Comment expliquer ces deux désignations différentes ? Depuis quand les utilise-t-on sur place ?
Les actes notariés rédigés par les notaires de la ville sont là pour le prouver, Châtillon-sur-Sèvre (ou sur Sayvre) est, pour les habitants des lieux, l’unique dénomination du duché-pairie dès les années 1740. A aucun moment un document manuscrit de cette époque n’évoque Châtillon-le-Château à notre connaissance. Seuls les ouvrages officiels comme l’Almanach royal en font mention. Ce qui est troublant c’est que les actes administratifs parlent aussi de Châtillon-sur-Sèvre. C’est le cas de plusieurs arrêts du conseil d’état du roi par exemple en 1776 ou encore dans le journal Les Affiches du Poitou en 1777. De quoi y perdre son latin.

Xavier MAUDET

Table des matières Tome 2 « Les Guerres de Vendée à Châtillon-sur-Sèvre »

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Préface par Michel CHATRY……………………………………………………………………………………9
Avant propos …………………………………………………………………………………………13
Au cœur du pays insurgé…………………………………………………………………………17
1re partie
Une communauté en déroute …………………………………………………..23
La fuite vers les cités patriotes………………………………………………………………….69
Royalistes et « mitoyens »………………………………………………………………………..87
Des divergences d’opinions…………………………………………………………………..109
Terreur Blanche en Vendée…………………………………………………………………….125
Une saignée démographique…………………………………………………………………143
2e partie
Questions et rencontres………………………………………………………….153
De Cholet à Châtillon ……………………………………………………………………………155
Colbert-Maulévrier………………………………………………………………………………..163
Colbert de Torcy………………………………………………………………………………………….168
Esclavage et Châtillonnais……………………………………………………………………..169
Emmanuel de Crussol d’Uzès …………………………………………………………………173
Jean-Jacques Aubin ……………………………………………………………………………..187
Michel-Gabriel Boutillier………………………………………………………………………..189
Louis Grignon ………………………………………………………………………………………193
Les volontaires de 1792…………………………………………………………………………199
Une rebelle devenue baronne d’Empire ………………………………………………….205
Le chevalier de La Garde……………………………………………………………………….213
Le chevalier de La Cassaigne …………………………………………………………………217
Succession de Clémentine de Hillerin……………………………………………………..221
3e partie
Portraits de familles…………………………………………………………………225
Famille Abellard……………………………………………………………………………………227
Famille Barbot ……………………………………………………………………………………..230
Famille Baudry……………………………………………………………………………………..232
Famille Béraud……………………………………………………………………………………..235
Famille Bitton……………………………………………………………………………………….238
Famille Borde (ou Deborde)…………………………………………………………………..241
Famille Bouchère………………………………………………………………………………….244
Famille Chauvin ……………………………………………………………………………………246
Famille Delhommeau…………………………………………………………………………….250
Famille Denis du Chiron ………………………………………………………………………..252
Autres Denis…………………………………………………………………………………………255
Famille Engevin du Coudray ………………………………………………………………….256
Famille Gautronneau …………………………………………………………………………….259
Famille Maindron………………………………………………………………………………….262
Famille Mazure …………………………………………………………………………………….264
Famille Perrineau………………………………………………………………………………….267
Famille Rabin ……………………………………………………………………………………….269
Famille La Rochejaquelein……………………………………………………………………..275
Famille Vavasseur …………………………………………………………………………………282
Les autres familles…………………………………………………………………………………285
Famille Amiot ……………………………………………………………………………………………..285
Famille Bodet ……………………………………………………………………………………………..286
Famille Cailleton………………………………………………………………………………………….287
Famille Chaillou…………………………………………………………………………………………..287
Famille Deschamps ……………………………………………………………………………………..288
Famille Goutière………………………………………………………………………………………….290
Famille Hérault ……………………………………………………………………………………………292
Famille Poidras……………………………………………………………………………………………292
Famille Taillebuis …………………………………………………………………………………………293
Famille Thomazeau ……………………………………………………………………………………..294
Famille Thomas du Vignaud………………………………………………………………………….294
Famille Thomas des Touches ………………………………………………………………………..295
Annexes ……………………………………………………………………………………………… 297
Epilogue Le fratricide vendéen ……………………………………………………………..305
Index du tome 1…………………………………………………………………………………..315
Index du tome 2…………………………………………………………………………………..329
Bibliographie (suite du tome 1) ……………………………………………………………..337

Extrait n°2 (p.246) : l’affaire du curé Besson

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Famille CHAUVIN

Cette parentèle de notables tient une place prépondérante dans la politique de la région, de Thouars à Châtillon, en passant par la cité alors secondaire de Bressuire. D’autant que Gabriel, petit-fils du couple Chauvin-Pierroy issu d’une seconde branche, joue aussi son rôle à travers sa fonction de lieutenant du prévôt de la maréchaussée de Thouars. Sans oublier Marguerite Chauvin, fille des Chauvin-Pierroy, mariée à un de La Ville, lieutenant de l’élection de Thouars et fils de son président. Incontestablement, les Chauvin pèsent lourd dans la conduite de l’administration. La suite ne le dément pas, ils s’impliquent résolument dans la bonne marche des affaires du nouveau pouvoir en place.

Mais revenons d’abord à Pierre Chauvin, époux de Jeanne Roy, pour nous intéresser à son frère à l’origine d’une autre branche, celle des Chauvin de la Mozinière. Joseph, son fils, né en 1704, mort en 1782, est marié à Charlotte Barichet (1709-1794). Ils habitent Saint-Varent et ont participé à une étrange et sordide affaire en association avec d’autres habitants, scandalisés par le comportement du curé de leur paroisse.

En septembre 1768, Joseph Chauvin, bourgeois, intervient en tant que partie civile dans un procès qui accuse de libertinage, de séquestration, de subornation de témoins, de détournement de fonds, d’inceste et même de viol le curé de la paroisse, Antoine Besson. Le religieux est expressément accusé d’avoir « commis divers crimes tels que le viol à l’égard de plusieurs femmes de la paroisse et des environs, tel que l’inceste avec une belle-sœur qu’il a gardée chez lui pendant neuf ans, tels encore que le concubinage avec ses servantes qu’il tient à son prieuré et à qui il fait boire du breuvage pour empêcher la progéniture. » Chez lui « les ouvrières qui y travaillaient ont eu quelques attaques à soutenir ». Informé de la situation par ces paroissiens, le « révérend évêque diocésain de La Rochelle », Emmanuel de Crussol d’Uzès, refuse de tenir compte de leurs plaintes et requêtes. Malgré les lourdes charges qui pèsent sur son desservant de Saint-Varent, le prélat décide, au contraire, de porter plainte contre ces accusateurs et les victimes qui mettent en cause le religieux. L’évêque va même jusqu’à réclamer l’arrestation d’une des plaignantes, Marie Eméreau et de son mari, le boulanger Nicolas Gué (Legay). Le curé avait refusé d’administrer à cette femme les sacrements pour être relevée de ses couches en raison des accusations qu’elle portait contre lui.

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« Est-ce donc agir en prélat soucieux de maintenir le bon ordre dans l’étendue de son diocèse » s’étonne bientôt l’avocat des parties civiles dans son mémoire. Pour appuyer la défense de Besson, Quétin, le curé de Saint-Médard de Thouars vient donner une messe à Saint-Varent et tente d’étouffer l’affaire. Il intime l’ordre aux paroissiens de garder le silence devant les enquêteurs. « Mentir pour sauver son curé est une œuvre méritoire » assène-t-il devant les fidèles. Ce religieux refuse de surcroît la communion « à un témoin qu’il savait avoir déposé contre le prieur »

Condamné le 16 mai 1770, le curé Besson fait d’abord appel de son jugement, résigne son bénéfice au profit de son neveu et prend la fuite. Il en profite alors pour répliquer et accuser les « calomniateurs » de machination et de subornation de témoins. Mais sa plainte contre Chauvin, qui s’est constitué prisonnier, est classée sans suite. La révocation du premier avocat de la partie civile permet de constater que le cousin François Chauvin, sénéchal de Châtillon et surtout juge ordinaire civil, criminel et de police intervient lui aussi dans cette affaire. Un document passé devant le notaire d’Argenton Pierre-Louis Gouraud, frère des notaires de Châtillon, en atteste. Le Mémoire pour le sieur Chauvin de la Mouzinière imprimé dans le cadre de cette affaire souligne la probité de François Chauvin en réponse au curé Besson qui lui a « si mal adroitement attribué » le « rôle d’intriguant ».

« La confiance qu’il s’est acquise dans la Province de Poitou, tant comme juge éclairé que comme conseil prudent, la réputation intacte dont il a toujours joui, fondée particulièrement sur l’intégrité de ses mœurs et la régularité de sa conduite, le mettent au-dessus des imputation calomnieuses qu’on a eu la lâcheté de lui prodiguer. »

Ainsi, 20 ans avant la Révolution, les futurs membres des autorités républicaines se côtoient et se déjà connaissent très bien.

Comment se termine cette affaire d’agressions sexuelles ? Nous l’ignorons. Le dernier acte de Besson à Saint-Varent date de décembre 1773. Le curé qui a tout fait pour se soustraire à sa condamnation et à son emprisonnement disparaît des registres de cette paroisse meurtrie par le scandale. Si condamnation définitive en appel et réclusion il y a eues, la peine effective a été de courte durée. On retrouve, en-effet, le religieux un an plus tard chanoine à Oiron puis curé à Thénezay. Curé jureur fin 1791 puis réfractaire, il décède à Oiron en 1803.

Extrait n°1 (p.160) : L’influence choletaise

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« Les Guerres de Vendée à Châtillon-sur-Sèvre »

[…]

Ce que les étrangers contrôlent avant tout, c’est le siège de l’élection. Au fil des années, nous retrouvons d’abord un Thomas Duvignaud comme président de cette élection de Châtillon puis Chauvière de la Pagerie en 1759. Cette famille Chauvière semble originaire de Machecoul (ou de Mortagne). C’est à cette époque qu’un fils du couple Chauvière-Retailleau s’installe au château de Caphar aux Aubiers par alliance avec une fille Sureau, tandis que son frère s’implante à Châtillon. Après Chauvière, c’est le Choletais Poupard qui prend en mains les rênes de l’élection de Châtillon. Il détient cet office jusqu’en 1779, date à laquelle il le met en vente. On trouve ensuite Pierre-Jean-François Tharreau, tout juste majeur lorsque Poupard vend sa charge de président. Il accompagne l’administration de l’élection jusqu’à sa disparition totale.

Outre Thomas, Chauvière, Poupard et Tharreau, le bureau de l’élection comprend d’autres personnages. Henri-Joseph Gouraud, notaire, en est le procureur jusqu’en 1783, date à laquelle il cède sa charge. Dailly, est désigné comme premier élu en l’élection de Châtillon ce qui lui vaut « exemption de taille, tutelle, curatelle, logement de gens de guerre et autres privilèges » indique la petite annonce de cession de son office par sa femme, en novembre 1779. François Soullard de la Roche, est le lieutenant de l’élection jusqu’en 1777, année au cours de laquelle il devient le subdélégué du Poitou, un poste qu’il occupe jusqu’à sa mort en 1788. Jean-Baptiste Puybusque dont la famille alliée des Jouault et des Fuzeau, est venue de Toulouse au cours du 17e siècle pour s’installer dans le bocage, est le greffier de l’élection. 

Outre les Choletais, les Morand et Boutillier de Beauregard viennent d’Ardelay, les Maindron sont des Herbiers, les Bienvenu de La Flocellière, etc.

Ainsi, toutes les futures parentèles patriotes, dont beaucoup sont originaires du futur territoire de la Vendée militaire, se connaissent très bien, se côtoient, sont très souvent apparentées et évoluent de concert dans les activités de la santé, du négoce et de l’administration. Les familles qui occupent les plus hautes fonctions avant la Révolution, retrouvent des postes au sein du nouveau pouvoir révolutionnaire. 

Le cas le plus emblématique est celui de Poupard qui devient carrément président du directoire du département des Deux-Sèvres. Tharreau se fait élire au district et en devient le vice-président. Pasquier devient maire de Bressuire en 1794. Il sera assassiné un an plus tard. Gouraud occupe les fonctions de juge au tribunal de Bressuire aux heures les plus sombres de son histoire. Avec son collègue Ferchaud, ex-notaire à Châtillon (lequel décède fin 1793 à Niort), il envoie des dizaines de ressortissants du Bocage devant les bourreaux. 

Ces Choletais et ces Mortagnais ont face à eux quelques rares vieilles familles du cru. Si les Massoteau, Fuzeau et Jouault ont presque disparu de Châtillon quelques années avant la Révolution, Baudry tient encore sur place une partie des pouvoirs en tant que procureur fiscal et ducal. La présence de sa famille est attestée depuis le milieu du 17e siècle. Il représente l’autorité du propriétaire du duché-pairie. Il s’agit des héritiers du duc de Châtillon, deux filles, l’une mariée au duc de Crussol d’Uzès, l’autre à de la Trémoïlle.

Les Cousseau, une famille sous la protection de ces mêmes Crussol d’Uzès et dont un membre religieux est secrétaire particulier de l’évêque Emmanuel de Crussol d’Uzès à La Rochelle, ont la main sur le grenier à sel. Denis du Chiron est le subdélégué du Poitou et Tocqué en est le receveur fiscal. Des Gautronneau, ancienne famille de notaires, il ne reste guère que le gendre Maugrain, le colon de Saint-Domingue Louis et le vicaire de Saint-Jouin, Augustin. 

Toutes les autres familles de notables qui tiennent les postes clés ne sont pas châtillonnaises de souche. Il s’agit notamment des Chessé, Merland, La Guêpière, Coudraye, Goutière, Gusteau, Roulleau, Mazures, Chauvin, Mounier, Maindron, Perreau, Héraudin, etc.

L’explication en définitive est simple. Châtillon, sans son administration, ne pèse pas bien lourd. Elle ne dispose d’aucune industrie capable de rivaliser avec Cholet ou même Bressuire, et seules les richesses des terres entre les mains des La Rochejaquelein d’une part, et celles de l’abbaye de la Trinité de l’autre, attisent les convoitises des Choletais et surtout des Colbert. […]