Extrait n°2 (p.246) : l’affaire du curé Besson

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Famille CHAUVIN

Cette parentèle de notables tient une place prépondérante dans la politique de la région, de Thouars à Châtillon, en passant par la cité alors secondaire de Bressuire. D’autant que Gabriel, petit-fils du couple Chauvin-Pierroy issu d’une seconde branche, joue aussi son rôle à travers sa fonction de lieutenant du prévôt de la maréchaussée de Thouars. Sans oublier Marguerite Chauvin, fille des Chauvin-Pierroy, mariée à un de La Ville, lieutenant de l’élection de Thouars et fils de son président. Incontestablement, les Chauvin pèsent lourd dans la conduite de l’administration. La suite ne le dément pas, ils s’impliquent résolument dans la bonne marche des affaires du nouveau pouvoir en place.

Mais revenons d’abord à Pierre Chauvin, époux de Jeanne Roy, pour nous intéresser à son frère à l’origine d’une autre branche, celle des Chauvin de la Mozinière. Joseph, son fils, né en 1704, mort en 1782, est marié à Charlotte Barichet (1709-1794). Ils habitent Saint-Varent et ont participé à une étrange et sordide affaire en association avec d’autres habitants, scandalisés par le comportement du curé de leur paroisse.

En septembre 1768, Joseph Chauvin, bourgeois, intervient en tant que partie civile dans un procès qui accuse de libertinage, de séquestration, de subornation de témoins, de détournement de fonds, d’inceste et même de viol le curé de la paroisse, Antoine Besson. Le religieux est expressément accusé d’avoir « commis divers crimes tels que le viol à l’égard de plusieurs femmes de la paroisse et des environs, tel que l’inceste avec une belle-sœur qu’il a gardée chez lui pendant neuf ans, tels encore que le concubinage avec ses servantes qu’il tient à son prieuré et à qui il fait boire du breuvage pour empêcher la progéniture. » Chez lui « les ouvrières qui y travaillaient ont eu quelques attaques à soutenir ». Informé de la situation par ces paroissiens, le « révérend évêque diocésain de La Rochelle », Emmanuel de Crussol d’Uzès, refuse de tenir compte de leurs plaintes et requêtes. Malgré les lourdes charges qui pèsent sur son desservant de Saint-Varent, le prélat décide, au contraire, de porter plainte contre ces accusateurs et les victimes qui mettent en cause le religieux. L’évêque va même jusqu’à réclamer l’arrestation d’une des plaignantes, Marie Eméreau et de son mari, le boulanger Nicolas Gué (Legay). Le curé avait refusé d’administrer à cette femme les sacrements pour être relevée de ses couches en raison des accusations qu’elle portait contre lui.

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« Est-ce donc agir en prélat soucieux de maintenir le bon ordre dans l’étendue de son diocèse » s’étonne bientôt l’avocat des parties civiles dans son mémoire. Pour appuyer la défense de Besson, Quétin, le curé de Saint-Médard de Thouars vient donner une messe à Saint-Varent et tente d’étouffer l’affaire. Il intime l’ordre aux paroissiens de garder le silence devant les enquêteurs. « Mentir pour sauver son curé est une œuvre méritoire » assène-t-il devant les fidèles. Ce religieux refuse de surcroît la communion « à un témoin qu’il savait avoir déposé contre le prieur »

Condamné le 16 mai 1770, le curé Besson fait d’abord appel de son jugement, résigne son bénéfice au profit de son neveu et prend la fuite. Il en profite alors pour répliquer et accuser les « calomniateurs » de machination et de subornation de témoins. Mais sa plainte contre Chauvin, qui s’est constitué prisonnier, est classée sans suite. La révocation du premier avocat de la partie civile permet de constater que le cousin François Chauvin, sénéchal de Châtillon et surtout juge ordinaire civil, criminel et de police intervient lui aussi dans cette affaire. Un document passé devant le notaire d’Argenton Pierre-Louis Gouraud, frère des notaires de Châtillon, en atteste. Le Mémoire pour le sieur Chauvin de la Mouzinière imprimé dans le cadre de cette affaire souligne la probité de François Chauvin en réponse au curé Besson qui lui a « si mal adroitement attribué » le « rôle d’intriguant ».

« La confiance qu’il s’est acquise dans la Province de Poitou, tant comme juge éclairé que comme conseil prudent, la réputation intacte dont il a toujours joui, fondée particulièrement sur l’intégrité de ses mœurs et la régularité de sa conduite, le mettent au-dessus des imputation calomnieuses qu’on a eu la lâcheté de lui prodiguer. »

Ainsi, 20 ans avant la Révolution, les futurs membres des autorités républicaines se côtoient et se déjà connaissent très bien.

Comment se termine cette affaire d’agressions sexuelles ? Nous l’ignorons. Le dernier acte de Besson à Saint-Varent date de décembre 1773. Le curé qui a tout fait pour se soustraire à sa condamnation et à son emprisonnement disparaît des registres de cette paroisse meurtrie par le scandale. Si condamnation définitive en appel et réclusion il y a eues, la peine effective a été de courte durée. On retrouve, en-effet, le religieux un an plus tard chanoine à Oiron puis curé à Thénezay. Curé jureur fin 1791 puis réfractaire, il décède à Oiron en 1803.