Le château du Bois-Fichet à Mauléon, de 1350 à nos jours

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Le nom de la famille Petit est attaché depuis au moins le début du 15e siècle à la seigneurie du Bois-Fichet de Mauléon (Saint-Jouin). Mais ces seigneurs de la Guierche (Saint-Amand) et de Saint-Mesmin n’ont pas toujours possédé ce domaine d’existence très ancienne.

De l’ancienne maison noble du Bois-Fichet ne reste aujourd’hui que la très belle ancienne porte (à droite). La jolie demeure a été construite au tout début du 20e siècle.

Le premier propriétaire connu est le vicomte de Thouars. C’est à cette puissante famille, propriétaire de la châtellenie de Mauléon, que les Clisson semblent avoir acheté au milieu du 14e siècle les terres des Deffends et donc du Bois-Fichet qui en dépendent. Clisson était seigneur de La Garnache, de Montaigu, de Châteaumur, de Palluau, des Deffends, etc.

A sa mort en 1407, Olivier de Clisson laisse à sa famille sa seigneurie des Deffends (Montravers) dont dépendait le Bois-Fichet, La Guierche, etc. Sa fille, Marguerite de Clisson était l’épouse de Jean de Châtillon-sur-Marne, comte de Penthièvre, duc de Bretagne, baron de Châteaumur, Fief-L’Evêque, etc.
Cet homme avait pour gouverneur un dénommé Petit dont le fils, Guillaume, aurait épousé sa fille naturelle, une « dame du Bois-Fichet ». Lors du mariage, la promise reçut de son père en dot les terres des Deffends et ses dépendances. Des deux garçons issus de cette union se partagèrent les biens de leur mère. René Petit reçut La Guierche et Puy-Jourdain (Saint-Amand). Son frère Pierre devint le propriétaire des Deffends et du Bois-Fichet. Le Bois-Fichet passa ensuite par alliance à la famille des Mesnard de Toucheprès. Ils l’ont conservé jusqu’à la fin du 17e siècle.
En 1688, les descendants des Mesnard, ruinés, vendent pour 100 000 livres les Deffends à Pellot de Trévières (1613-1689). Cet homme était très proche du premier ministre de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert. Les Mesnard conservent conservent le Bois-Fichet, la Congrière et le Puyrioux mais doivent désormais rendre hommage au nouveau propriétaire du fief, Pellot de Trévières.

Mais après ? Qui a ensuite possédé le domaine ?

Un indice est apporté par les Affiches du Poitou. En 1784, une demoiselle Grimouard décide de vendre sa propriété constituée d’un château, de borderies, de métairies, de vignes et de dîmes, le tout situé à Saint-Jouin-sous-Châtillon. La demoiselle habitait alors « en son hôtel à Niort » et avait mandaté pour cette transaction le notaire de Châtillon-sur-Sèvre, Gouraud.
Comment cette femme était-elle entrée en possession du Bois-Fichet ?
Cette dame s’appelait Thérèse-Charlotte Grimouard (1749-1838). Elle était la fille de Jacques-Geoffroy Grimouard du Péré (1697-1776), seigneur du Bois-Fichet et d’Anne-Benigne Camus de la Beuvrie (NOTE : Famille Camus de Villefort, seigneurie d’Yzernay ). C’est par les Camus que la Niortaise est devenue propriétaire de ce lieu (La seigneurie avait été rachetée (après 1693) par le grand-père de Thérèse-Charlotte, Abel Camus (1667-1734) à Marie Vinet, veuve Mesnard de Toucheprès.) que l’on dit avoir été le siège d’un camp du chevalier Duguesclin (NOTE : Clisson, général de Charles V était frère d’armes de Du Guesclin dans les combats contre les Anglais, lesquels tenaient Thouars et donc tout son territoire).

Vue aérienne du Bois-Fichet prise en 2011 (doc IGN)

Dépossédée de ses biens à la Révolution, la propriétaire est inquiétée et même emprisonnée à Niort.
« N’écoutant que notre zèle pour la chose publique, nous avons fait arrêter, dès le 25 mars dernier, plus de trois cents individus que nous suspectons de favoriser les projets contre-révolutionnaires. Fidélité inviolable à la République, une et indivisible. Attachement sans bornes à la Convention nationale, à ces généreux Montagnards dont la mâle énergie les a délivrés des fédéralistes, des traîtres de la Vendée et des despotes coalisés. Liberté, égalité ou la mort » revendiquent les Républicains Jean-Baptiste Poupard (président du directoire, domicilié à Châtillon), Sauzeau, Fribault, Jard, Albert, Lavergne, Proa, Averti, Monnet-Lorbeau, Guilbaud, Morand (originaire du Temple près de Châtillon) et Guérin.

Figurant dans la liste des suspects de crimes contre-révolutionnaires ou pour cause d’incivisme arrêtés et emprisonnés dans la maison du Péré à Niort, la dame du Bois-Fichet aurait ensuite émigré ou été déportée en Espagne. Elle en revient quelques temps plus tard mais n’est pas rayée des listes des émigrés. Lorsqu’en 1797 après l’affaire du 18 thermidor an 5, les administrateurs du département des Deux-Sèvres examinent la liste des émigrés non régularisés, la demoiselle Grimouard fait partie des individus contrainte de sortir sous un très bref délai des limites de la République. Elle demande le 19 septembre 1797 un passeport pour rejoindre la péninsule ibérique.
A son retour, on la voit qui « fait promesse de fidélité à la Constitution » devant le préfet ou le sous-préfet. Ce n’est qu’à cette condition qu’elle est rayée de la liste des émigrés le 14 novembre 1800. Son nom figure dans la même liste que celle où sont inscrits Edouard-Charles-René Victurnien Colbert-Maulévrier « de Paris » ; Elisabeth-Charlotte Denis (du Chiron), femme de Jean-Fidèle Bersy, de Saumur ; René-Gérard Hunault de La Chevallerie marié à une fille Jouault, etc.

En 1784, on l’a dit plus haut, la demoiselle Grimouard met en vente son bien. En octobre 1786, elle réussit à le placer en viager auprès de Jacques-Etienne Merland de La Guichardière, trésorier de France au bureau des Finances de Poitiers. Le contrat spécifie manifestement une occupation des lieux puisque le nouveau propriétaire entreprend de l’occuper. Un projet qui ne convient pas à un dénommé Gabard, farouchement opposé à cette installation. Il occupe l’habitation et exploite les terres sans titre.
Le procès qui s’ensuit s’éternise jusqu’en 1792. Dans son combat, Merland de La Guichardière se fait épauler par le sénéchal de Châtillon, François Chauvin. Le tribunal des Deffends donne raison à Gabard en première instance. La décision est cassée en appel par le tribunal de Châtillon.

En 1799, 30 à 40 « brigands » Vendéens pillent et dévastent le Bois-Fichet qui avait été manifestement épargné par les colonnes infernales. Le propriétaire au passé républicain avéré, ne dut son salut qu’à la rançon que ses fermiers payèrent à ses agresseurs.

Depuis la Révolution Le Bois-Fichet a appartenu aux Merland de la Guichardière puis aux Merland de la Maufreyère pour échoir à la famille du Réau de la Gaignonnière.