De 1793 à 1796, plus de 1000 victimes d’épidémies à Niort

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Cette liste datée de 1796 n’est qu’un court exemple des longues listes qui figurent dans les registres d’état-civil de Niort et qui précisent la nature de la maladie qui a causé la mort des soldats bleus. (Source : AD79)

La maladie aurait-elle fait plus de morts que les blessures pendant les guerres de Vendée ? La question mérite d’être posée même si la réponse sera sans doute bien difficile à apporter tant les sources manquent. Au-delà des massacres indéniables dont ont été victimes principalement les contre-révolutionnaires, en particulier les Vendéens « Blancs » par dizaines de milliers, on constate dans certaines archives une part considérable de décès par maladie.
Les registres d’état-civil de Niort sont à ce titre très éloquents. Des centaines de soldats bleus décèdent de « dysentrie putride » ou de diarrhée en 1794. C’est une véritable hécatombe. Et sans doute les prisonniers enfermés au donjon de Niort subissent-ils le même sort, décédés avant même d’avoir pu être jugés ou élargis.

Dès le premier acte inscrit dans le registre ouvert le 14 ventôse de l’an 2 (4 mars 1794), on relève un individu mort « à l’infirmerie du château ». La cause du décès n’est pas précisée, mais le lieu du trépas et l’origine du défunt, la Chapelle-Fenery, laissent penser qu’il s’agit d’un prisonnier. Sans doute n’aurait-il de toute façon pas échappé à son destin funeste, puisque le même jour de son décès par maladie, 73 prisonniers sont exécutés. Il ne faut pas attendre bien longtemps, une journée seulement, pour qu’un nouveau décès soit enregistré à l’hôpital. Jean Guérin de Saint-Maixent meurt à l’âge de 72 ans. Reste que ces actes ne prouvent en rien la présence d’une épidémie.

Les premiers mois de 1794, on assiste d’une part aux décès par exécution des détenus, d’autre part à la mort de plusieurs autres détenus à l’infirmerie de l’hôpital, sans autre précision. Le rythme est soutenu. Le Châtillonnais Gabriel Béraud, meunier de 40 ans, patriote puis capitaine de paroisse, n’a pas le temps de voir ses juges. C’est à cette époque qu’il meurt à l’infirmerie de la prison du donjon avec 20 autres compagnons d’infortune. On relève d’autres décès d’individus plus jeunes dans leur maison en ville, dont plusieurs autres Châtillonnais. C’est le cas de Louise-Marguerite Mazure morte à l’âge de 15 ans au domicile de la logeuse de la famille.

La première liste de décès de 7 soldats bleus date du 6 fructidor an 2, soit le 23 août 1794. On les déclare décédés à l’hôpital de Niort dix jours plus tôt. Aucun motif n’est à cette date encore précisé. A partir de cette fin août, les soldats tombent les uns après les autres, plusieurs chaque jour. L’officier de l’état-civil en inscrit des dizaines à la fois. L’acte est invariablement succinct, le temps presse : « François Delages, fusilier au 3e bataillon de la Charente, natif de Dirac, district d’Angoulême, département de la Charente, est mort audit hôpital, le quatre de ce mois », etc. On ne sait rien de plus de ces pauvres hommes, pas même leur âge.
Chez les civils aussi la morbidité est très élevée. La femme et les enfants du notaire Belliard meurent sans doute de l’épidémie qui infecte les rues et les habitations. Des enfants, des hommes et des femmes dans la force de l’âge, des vieillards tombent.
Le 21 fructidor, les causes de tous ces décès commencent à être mentionnées. Ainsi, « Jean-Baptiste Lautré, ouvrier à l’arsenal de Niort, du département de la Côte d’Or, est décédé audit hôpital (de Niort), le 13 de ce mois, de la dysenterie putride ». Cette maladie sans doute provoquée par une intoxication aux salmonelles, provoque une violente diarrhée et une « fièvre maligne continue ». D’autres décèdent de « maladie de poitrine » ou des suites d’une « fièvre putride vermineuse ». Dans ce dernier cas, les victimes vomissent des vers.
Le 27 fructidor, l’officier d’état-civil inscrit le nom de 18 nouvelles victimes, tous soldats morts de maladie. Le 29, il y en a 13 autres qui disparaissent pour les mêmes raisons. Louis Vergé de La Chapelle-Seguin, volontaire de la compagnie franche de Laberie (?) meurt d’une fièvre putride le même jour.

Le 3 vendémiaire, la liste s’allonge : 16 morts, puis 11 le lendemain. Et toujours la dysenterie qui sévit tant dans les rangs des soldats que dans les geôles des détenus. Le 11 vendémiaire Vincent Guenet, natif de la Rochelle, ne survit pas à une hydropisie (œdème). Sylvain Brunet de Montreuil est achevé par une fluxion de poitrine.
Le 26 vendémiaire (17 octobre 1794), plus d’une trentaine de soldats sont enterrés, 25 trois jours plus tard et encore 21 le 9 brumaire (30 octobre). L’épidémie ne s’arrête pas. Le 28 brumaire, 66 noms s’ajoutent à l’interminable liste morbide. Michel Penant, originaire de Mouzueil en Vendée fait figure d’exception dans cette interminable litanie de malades. Faisant partie de la réquisition de Fontenay-le-Peuple, il meurt des suites d’une fracture aux os de l’avant-bras. Tout autour de lui ça n’est que dysenterie, diarrhée, « inflammation du bas ventre », « palpitation violente », esquinancie (inflammation des amygdales : angine) ou anasarque (oedème généralisé). Comment dans ces conditions survivre à la simple fracture d’un bras ?
Antoine Pigeac, soldat, meurt, lui, d’épuisement.

Les premières semaines de 1795 s’égrènent à la manière des derniers mois de 1794, dans une ambiance de mort. En janvier, plus de 650 soldats semblent être déjà décédés dans ces conditions à Niort. Peu de militaires présentent alors une gangrène suggérant une blessure mal soignée. Rares sont ceux qui meurent de blessures avant mars 1795. Ensuite, les cas dysenterie paraissent régresser et les décès concernent désormais un peu plus les blessés. Mais le manque d’hygiène est aussi dévastateur. On meurt de la gale, des vers… Au 2 prairial an 3 (21 mai 1795), l’hécatombe est de 1 000 victimes au total chez les militaires. Combien chez les civils ? On ne le sait pas.
Un des derniers soldats à inscrire son nom dans le carnet mortuaire de Niort celle année là est François Millet, vétéran national né à Saint-Pompain, entré le 13 thermidor à l’hôpital et mort le lendemain…. de vieillesse.

L’année 1796 est aussi jalonnée de longue listes de décès. Cette fois le scorbut, synonyme de mauvaise nutrition, s’invite au cortège funèbre.

Ainsi, bien plus d’un millier de soldats de la République sont morts dans la seule ville de Niort, dans leur très grande majorité, des suites de maladie. La population civile, notamment celle des réfugiés n’est guère épargnée. On peut ainsi estimer sans exagération que plus de 2000 individus ont perdu la vie à Niort entre 1793 à 1797 des suite des épidémies en tout genre.

Or, l’observation des registres de Poitiers à cette même époque fait aussi état de centaines de morts dans les rangs des militaires et des civils. Les causes ne sont pas indiquées hélas mais il y de fortes présomptions pour que ce soit pour les mêmes raisons.
Ville de garnison après ville de garnison, un état des lieux permettrait de recenser sans doute des milliers, voire des dizaines de milliers de morts collatéraux aux guerres de Vendée, victimes de la violence du déracinement puis de la malnutrition, du manque d’hygiène et de la maladie.

Xavier MAUDET