Quand le curé de Périgné découvre enfin la quadrature du cercle

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Laurent Potier-des-Laurières est un auteur deux-sévrien peu connu. Voire pas connu du tout. Il a pourtant laissé une somme de travaux savants, un brin improbables, sur la Voie lactée, la quadrature du cercle, les marées, etc.

Le curé Potier-des-Laurières était persuadé d’avoir trouvé la quadrature du cercle. (source Gallica)

S’il est démontré que « chercher la quadrature du cercle » (et la trouver enfin) est une quête impossible, il a fallu tout de même 3 000 ans pour s’en convaincre. Jusqu’en 1882, date à laquelle le sujet a été définitivement clos, bien des savants se sont échinés à résoudre l’énigme. Non sans entendre ou lire les sarcasmes de leurs contemporains. C’est ce qui est arrivé au dénommé Potier-des-Laurières.

Né au Mans au milieu du 18e siècle, Laurent Potier-des-Laurières est curé de Périgné en Deux-Sèvres depuis 25 ans lorsqu’il sollicite l’aide du Département pour éditer sa trouvaille. Et ce n’est pas rien. Il a enfin résolu la quadrature du cercle ! Vraiment. Ses arguments sont en tout cas assez convaincants pour qu’en 1804 soit publié, aux frais du gouvernement, sa « nouvelle découverte qui embrasse toute la géométrie » et « qui va reculer les bornes de l’esprit humain ». Le contenu du livre est à l’avenant, emprunt d’une humilité inversement proportionnelle à la racine cubique de la valeur de son travail. Après avoir envoyé son livre aux plus hautes instances, l’auteur reçoit des lettres polies de félicitations.

Ravi de lire celles du ministre de l’Intérieur et de l’Institut (en réalité la même pour tous les auteurs), Potier-des-Laurières prend ces louanges pour argent comptant (c’est le cas de le dire) et réclame 150 000 F. Il estime en effet que cette somme lui est due conformément au testament d’un dénommé de Meley. Lequel avait promis cette jolie prime à qui résoudrait l’énigme de la quadrature du cercle. Estimant avoir atteint ce but, le curé de Périgné demande donc qu’on exécute la promesse. En vain.

« Comme ce malheureux pasteur de Périgné frappait à toutes les portes, lit-on dans les Annales encyclopédiques, les journalistes de la capitale lui conseillèrent sagement de renoncer aux courbes et de s’en retourner au plus tôt par la ligne droite, comme étant le chemin le plus court de Paris à son presbytère, qu’il aurait probablement mieux fait de ne jamais quitter ». Le propos est acerbe. La critique littéraire de l’époque l’est plus encore.

« Il faut l’avouer à notre honte, cet ouvrage est si savant, qu’ayant voulu le lire nous ne pûmes le comprendre », rapporte Le Journal des arts, de littérature et de commerce en 1805. L’auteur de cette critique ajoute, cruel, que « l’esprit humain est sujet à certaines maladies, et parmi ces maladies il en est qui affligent plus particulièrement les cervelles savantes ; les symptômes de ces maladies sont les recherches chimériques ». La messe est dite pour le curé de Périgné renvoyé au rang des « quadrateurs » qui depuis tout temps « prêtent à rire à leurs dépens ».

Xavier MAUDET