A Mauléon (79), l’instruction des enfants a longtemps été très secondaire

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Avant la création d’un collège en 1966, le petit séminaire de Châtillon-sur-Sèvre
assurait l’enseignement secondaire et les vocations religieuses.

Avant la Révolution, l’instruction n’était pas le point fort à Mauléon. Quand des collèges existaient depuis des années à Thouars, à Bressuire, à Beaupréau, etc, il n’y en avait pas dans cette petite cité administrative pour ouvrir l’esprit des enfants des familles les plus modestes à la lecture, à l’écriture, au calcul ; à la connaissance.
Le duc de Châtillon avait pensé à l’hôpital et à construire un « palais » au château, mais pas à l’éducation des enfants. Il avait pourtant été le gouverneur du Dauphin (futur père de Louis XVI) avant de tomber en disgrâce sur ordre du roi Louis XIV.

L’écolâtre de l’abbaye de La Trinité de Mauléon assurait donc l’instruction « dans le but principal de former des vocations ecclésiastiques« . « Le chant ecclésiastique était cultivé avec un soin particulier et l’exécution en était soumise à des règles précises qui assuraient la décence et le cachet artistique« .
Les enfants des notables, bien plus nombreux à Châtillon que dans les paroisses alentours, suivaient d’abord les cours d’un écolâtre puis étaient envoyés dans les collèges voisins, notamment à Beaupréau et à Thouars. A Saint-Jouin il semble avoir existé un régent, sorte d’instituteur. Il s’appelait Jouault de Férolle, et était issu d’une des familles les plus en vue au début du 18e siècle. Un des enfants Jouault avait décroché son diplôme de docteur en philosophie à Poitiers.

Avant la Révolution, la politique anti-janséniste très active dans la région à travers les missions des frères de Saint-Laurent, les Mulotins, pousse à fonder des écoles confessionnelles. La première est créée à partir d’un legs de la fille d’un riche notable de la ville, la demoiselle Massoteau. La famille Cousseau de L’Epinay est à la manoeuvre. Ce legs qualifié de contraint par les héritiers Massoteau sera contesté, mais les plaignants seront déboutés. La procédure dure des années, l’école ouvre peu de temps avant la Révolution sous la direction de soeurs de La Sagesse. Après la guerre de Vendée, c’est le presbytère qui la remplace et prend ses quartiers dans la maison Massoteau. « Les écoles n’existèrent plus pendant des années » relate un document d’archives décrivant « L’Instruction primaire à Châtillon depuis 1789 ».

La fondation de l’école publique a été plus chaotique encore à Châtillon-sur-Sèvre.

Sous le Directoire, l’instituteur Lemaître est installé dans l’ancienne auberge des Trois-Rois. Il disparait de la circulation à la signature du Concordat en 1805 et abandonne femme et enfant sur place. En 1808, le maire Chauvin-Lénardière considérant que ce ne sont que « des vagabonds, des ignorants ou des gens mal famés » qui se présentent pour occuper le poste d’instituteur, personne n’occupe la fonction pour l’instruction primaire. « La dépense est sans objet » ajoute-t-il.
Elle le devient sept ans plus tard. En 1816, 200 F sont inscrits au budget de la ville pour financer l’instituteur « sur la moralité et les talents duquel monsieur le curé à de cette ville a été consulté par le recteur de l’Académie de Poitiers« . Il a le devoir d’enseigner gratuitement à « quatre pauvres désignés par le maire« .
Un an après, l’instituteur change. Son successeur lui aussi ne résiste pas plus d’un an.
Il est remplacé par Joseph-Louis Thuyau, un instituteur public qui semble enfin recueillir l’assentiment de la municipalité dirigée par Proust. En 1821 ce natif de Thouars, prend ses fonctions dans « une maison de fort modeste apparence située sous les terrasses de l’abbaye » (il ne s’agissait pas de l’école de La Sagesse qui était alors redevenue un presbytère).
« La salle de classe était longue et étroite, le plafond n’avait pas plus de deux mètres de hauteur, une porte et une seule fenêtre y donnaient l’air et la lumière avec parcimonie. Les murs étaient sombres et nus.« 
Dans ce confort spartiate, on y apprenait la lecture et l’écriture voire le calcul « pour les plus avancés« . En 1830, Thuyau n’est plus instituteur et se marie avec la veuve Turpault, mère de l’industriel choletais Alexandre Turpault, laquelle tient l’auberge du Renard à Châtillon.
Le successeur de Thuyau, nommé par l’Evêque de Poitiers, le remplace en 1825. Il s’appelle Joseph-Etienne Boinot. C’est un Châtillonnais, fils d’un épicier originaire de Niort où la famille prospère dans la chamoiserie et la peausserie. Boinot, qui « jouissait de la considération publique et était aimé de ses élèves« , tiendra le poste jusque vers 1848.

Nous avons à son sujet le témoignage d’un élève (écolier de 1838 à 1844) qui le décrit ainsi : Boinot « était nerveux et quand il était surexcité, il descendait de sa chaire, circulait vivement dans sa classe, allait au fond et donnait un grand coup de pied dans un vieux meuble, rétablissait le silence et la lecture reprenait son cours monotone. D’autres fois, il sortait dans la cour, l’arpentait deux ou trois fois très vite, rejetant sur sa tête les (?) de sa longue redingote. Il revenait ensuite dans sa classe et demandait aux enfants : où en sommes nous ?« 

Pendant ce temps, l’école libre de filles souhaitée par Mlle Massoteau, n’est toujours pas rétablie. L’achat de l’auberge de la Boule d’Or permet en 1839 d’y installer le presbytère et de réaménager la maison Massoteau en école de filles « absente de la ville depuis au moins 12 ans » rapportent les archives. Il s’agit d’une école libre tenue par les soeurs de La Sagesse.

Dans le même temps, un nouveau legs, celui de Clémentine de Hillerin, nièce d’une riche châtillonnaise, permet à son principal héritier, Eustache Cousseau, de faire venir et d’installer les « frères de la doctrine chrétienne » dans l’ancienne propriété de Hillerin à Bourneau. L’école ouvre en 1862. C’est la même année qu’une école cléricale est construite sur les ruines de l’ancienne poste aux lettres tenue par les Héraudin. Rose-Marie-Gabrielle décède en mars 1862 et sa succession permet la conduite de cette opération. Eustache Cousseau de L’Epinay (1779-1858) est son cousin.

Cette installation provoque la fermeture de la « modeste école de M. Boinot, l’instituteur estimé » qui « a dû s’effacer devant l’école des frères« . Une école publique ou « salle d’asile » est décidée en 1847 dans l’aile droite de l’abbaye. Eustache Cousseau donne 10 000 F en 1848 pour y installer plutôt une école libre de filles.

Mais Châtillon reste privée d’école laïque jusqu’en 1881 et les lois de Jules Ferry !

Déterminée à ne pas accepter d’école publique sur son territoire, la municipalité de Châtillon traîne les pieds jusqu’à la construction d’une école aux abords du champ de foire en 1885. L’école de filles située dans l’aile de l’abbaye devient aussi une école laïque à la même époque.

Le maire de Châtillon élu en 1890, Savary de Beauregard, dont le père avait hérité d’Eustache Cousseau de L’Epinay, contribue à son tour à la création d’une école de filles libre dans ses locaux de la Grand’rue. L’école de La Trinité ouvre ses portes en 1894.

Attendu pendant des lustres, réclamé par les habitants au milieu du 18e siècle, le projet de collège, le premier dans toute l’histoire de Mauléon, ne prendra corps qu’en 1962 et sera ouvert en 1966.

Xavier MAUDET © 2020