Les seigneurs de Mauléon-Soule ont-ils fondé Mauléon en Poitou ?

Partager :

FacebookTwitterEmail this page


Du vieux château fort de Mauléon (Deux-Sèvres)
il ne reste plus grand chose.
Une partie des vestiges préservés pendant des siècles
ont disparu au cours du 20e siècle faute d’une vraie politique
de protection des lieux.

Quand ont été construits le château et la ville de Mauléon ?

La date communément admise est l’an 850.

A qui doit-on cette fondation ?

Le nom du fondateur qui revient le plus souvent est Arnold 1er de Thouars mais une chronique du 13e siècle cite aussi Guillaume Taillefer (916-962), ce qui repousse la date de fondation.

Qui était Arnold de Thouars ?

C’est à ce niveau que les avis des historiens divergent. Une autre chronique, du 12e siècle celle-ci, rédigée par un moine de Saint-Maixent, indique que c’est un certain Arnold qui serait le véritable bâtisseur du château. Il aurait eu pour ancêtre Ebles Manzer, fils naturel de Ramnulf II, comte de Poitou. Cet Ebles aurait eu deux fils, Ebles et Arnold. Ebles, devenu duc d’Aquitaine donne à son frère les terres et titres de vicomte de Thouars. C’est le fils de cet Arnold 1er, Arnold II qui aurait fait bâtir la forteresse de Mauléon.

Le docteur Atgier dans son histoire des Sires de Mauléon effleure le sujet et indique que « les sires de Mauléon, grand seigneurs de leur époque, descendaient d’Arnold 1er de Thouars, frère d’un vicomte titulaire de la vicomté de Thouars. Son fils Arnold II avait bâti le château de Mauléon« .

Cette version reste floue et carrément contestée par un descendant de la famille de Mauléon-Soule qui s’est penché sur la question au début du 19e siècle.

Selon cet autre historien, Joseph-Lambert de Mauléon, auteur en 1815 d’une imposante histoire des Mérovingiens et des Carlovingiens, d’Arnold 1er, est un des fils d’Aznar 1er, vicomte du pays de Soule dont Mauléon (Soule) est la capitale.

« Arnold rendit de grands services à Ebles, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine ; et c’est pour le récompenser que ce prince le créa vicomte de Thouars, et le revêtit d’un pouvoir fort étendu. Arnold II, troisième fils d’Arnold 1er, fit construire en Poitou la ville et le château de Mauléon, dont sa postérité porta le nom. On n’est point étonné qu’Arnold, issu d’Aznar 1er, vicomte du pays de Soule, dont Mauléon est la capitale, ait donné au château et à la ville qu’il fit construire un nom qui pût éterniser le souvenir de son origine » écrit Joseph-Lambert de Mauléon.
(op. cit. p.28)

Pour Joseph-Lambert de Mauléon, le moine de Saint-Maixent « s’est mépris sur cette origine ». Et d’argumenter : « Cet historien qui n’était pas contemporain, et sachant par tradition qu’Arnold était issu de la maison d’Aquitaine, il le suppose issu de celle qui existait de son temps, et le donne pour fils de Rainulphe II (NOTE : Ramnulf ou Renoul), et pour frère d’Ebles. » Or, ce même chanoine écrit bien la réalité en l’interprétant mal : « Arnold était issu de la première maison d’Aquitaine, laquelle était d’origine mérovingienne (et non carlovingienne) » assure Joseph-Lambert de Mauléon.

Cette hypothèse avancée par cet historien est aussi celle du chanoine Auber (1804-1892) qui explique sensiblement la même chose dans son « Histoire générale du Poitou ».

Les historiens d’aujourd’hui proposent une troisième version en introduisant un autre frère dans la boucle.
« En plus du Poitou confié à Ramnulf, la Saintonge est donnée à Gauzbert, frère de Ramnulf II et Ebles, le troisième frère, devient abbé de Saint-Denis. »

S’il nous est difficile de trancher entre ces différentes approches, il est plus aisé d’évoquer la suite.

Quels types de châteaux se construisent alors au 9 et 10e siècles ? Il ne s’agit pas encore d’édifices en pierres mais de châteaux en motte construits en bois. Or, à Mauléon, il existe bel et bien un endroit désigné par le terme de motte (rue de la Motte). Cette motte était sans doute le site primitif choisi par Arnold II pour installer son premier château fortifié et donner son nom à la ville d’origine.

Le château-fort élevé ensuite en moellons de pierre par les descendants d’Arnold II de Mauléon daterait du 13e siècle estiment les spécialistes.
Mais le château du 13e pourrait être une modernisation d’un édifice plus ancien.
En effet, la cure de Saint-Pierre typique de la chapelle féodale voulue par le seigneur aux portes de sa demeure, existait déjà en 1203. A cette date, Raoul, fils et successeur d’Ebles de Mauléon, confirme à l’abbé Etienne (abbé de la Trinité), le droit de nommer à la cure de Saint-Pierre-de-Mauléon. Son père avait déjà conclu avec les chanoines un acte en ce sens dès 1174. La cure de Saint-Pierre existait donc déjà à cette date, ce qui laisse présumer une existence du château déjà au milieu du 12e siècle.

Ce que l’on sait avec certitude, c’est que la ville et son château existent en 1080. Le nom « Malo Leone » apparaît pour la première fois à cette date sur un document du cartulaire de l’abbaye de Marmoutier, puis sous la forme « Mauleonium » dans le cartulaire de l’abbaye de la Sainte Trinité de Mauléon.

Et ensuite ?

1307 : bref du pape Clément V qui annonce à Edouard 1er, roi d’Angleterre, que le château de Mauléon, lui sera rendu incessamment par Philippe le Bel, roi de France

En 1597, durant les guerres de religion, à la tête d’une puissante armée, Henri III de Navarre s’empare du château.

En 1642, le château est partiellement détruit sur ordre du Cardinal de Richelieu.

En 1790 : vendu comme bien national, entre dans la domaine privé jusqu’en 1990 !

Xavier MAUDET 2020©