1587-1591 : Le Mauléonais, ravagé par les troupes royales

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Henri de Navarre dessiné ici par Etienne Dumonstier en 1568

L’histoire de Mauléon est jalonnée de quelques épisodes marquants, souvent sanglants. Si les combats des guerres de Vendée (1793) sont ceux qui viennent d’abord à l’esprit, il est une autre période qui a aussi profondément affecté la population locale, celle des guerres de religion.
Il faut se plonger plus de quatre cents ans en arrière pour découvrir la barbarie et la destruction presque totale des paroisses du Mauléonais.

Nous sommes dans les années 1580. Depuis guère plus de vingt ans, la baronnie de Mauléon est le siège d’une élection, une administration fiscale qui a autorité sur 75 paroisses dans le domaine des impôts. Un nouvel édit en a confirmé l’existence en 1577. Les temps sont très agités, le territoire français se déchire depuis 1549 pour des questions d’intolérance religieuse muées en combat politique. Une des manifestations de ces temps troubles est une lettre le 6 août 1566, « des religieux, abbé et couvent de la Sainte-Trinité de Mauléon » dans laquelle ils expriment leur crainte d’un refus des dîmes qui leur sont dues par les exploitants agricoles. Ce refus des dîmes peut signifier que le territoire était alors en train de basculer dans le protestantisme.

A cette époque, la baronnie de Mauléon appartient au puissant et très catholique seigneur de Thouars, Louis de La Trémoille et à sa non moins pieuse épouse, Jeanne de Montmorency. Très tôt, il s’affiche comme un des plus ardents chef de la Ligue catholique.

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Louis de La Trémoille (1521-1577) est vicomte puis duc de Thouars, prince de Talmond et de Tarente, comte de Taillebourg et de Benon, seigneur de Gençay (1542-1550), baron de Sully, de Craon, de Marans et de Noirmoutiers, duc de Tremoille. Il est le fils de François, seigneur de Mauléon entre autres et d’Anne de Montfort-Laval. Il aurait eu Louise-Charlotte d’un premier mariage avec Charlotte Couronneau. Cette Louise-Charlotte épouse en 1559 (contrat en 1555 à Thouars), Charles Rouault du Landreau, capitaine protestant puis catholique.
Louis de La Trémoille se (re)marie en 1549 à Jeanne de Montmorency, fille d’honneur de Catherine de Médicis de 1547 à 1551, puis dame d’ honneur de la reine Elizabeth d’Autriche de 1571 à 1574 . Ils ont Louis, Anne, Charlotte-Catherine (1565-1629) et Claude (1566-1604).
Pour services rendus, le roi Charles IX érige la vicomté Thouars et duché en 1563.
« Comme il était extrêmement irrité contre les Huguenots, qui, parce qu’il ne leur était pas favorable, ne perdaient point d’occasion de lui faire insulte, et avaient souvent fait de grands ravages sur ses terres ; et que d’ailleurs il était fort brouillé avec le Comte du Lude Gouverneur de la Province, grand serviteur du Roi : il ne manqua pas de se prévaloir de l’occasion qui se présenta de se faire Chef d’un puissant parti contre eux et de se déclarer pour la Ligue, sans laquelle il fit entrer une grande partie des Villes et de la Noblesse de la Touraine et du Poitou […] Ainsi la Ligue se forma et devin en fort peu de temps très puissante… »
(Source : Histoire de la Ligue, 1686, tome 11, p.39)
Décédé en 1577 au siège de Melle, Louis de La Trémoille est le premier duc de Thouars.
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Quelques seigneurs ont de solides attaches dans le Mauléonais. Parmi les familles nobles les plus marquantes, celles qui incarnent la puissance militaire et sont censées protéger la population, on trouve les Escoubleau de Sourdis. Ils possèdent un modeste château à Saint-Jouin-sous-Châtillon. On trouve aussi les Petit à La Guierche de Saint-Amand, les Rorthais à La Durbelière, les Pontlevoy dont un membre est évêque de Maillezais, à La Blandinière, les Ménard de Toucheprès aux Deffends de Montravers… Cette dernière seigneurie est alors un important centre de gestion qui a autorité sur une partie du territoire entourant Mauléon, notamment Nueil-sous-les-Aubiers, La Chapelle-Largeau, … ()
Nous ajoutons à la liste des nobles locaux les La Haye-Montbault à La Dubrie (Beaulieu-sous-Bressuire), les du Vergier à La Rochejaquelein (Voultegon), les Le Mastin à La Favrière (Nueil), les de Meulles au Frêne-Chabot (Nueil), les de La Ville de Férolles aux Dorides (Saint-Clémentin).

Avant d’aborder les faits, il convient de ranger les uns et les autres dans les trois camps respectifs qui se déchirent alors dans le pays.

Il faut en effet distinguer les protestants, divisés eux-mêmes en deux camps puis les ligueurs et les catholiques légitimistes attachés au roi.

Les protestants ont pour chefs d’une part Condé, de l’autre Henri de Navarre. Dans la défense du calvinisme, le premier est clairement plus radical que le second. Mais au fil du temps, les choses évoluent vers une fusion des deux camps protestants sous le seul étendard du Béarnais, Henri de Navarre. Dans la région, le plus ardent héraut de cette cause est Philippe du Plessis-Mornay qui possède le château de La Forêt-sur-Sèvre. Louis du Vergier de Beaulieu-sous-Bressuire, compte aussi au nombre des proches et amis d’Henri de Navarre (**).

Le parti opposé à celui des protestants s’appelle la Ligue. Résolument catholique, elle s’est constituée autour de la famille des duc de Guise pour faire barrage à Henri de Navarre qui, depuis 1584, est devenu le seul héritier légitime du trône de France si le souverain en exercice, Henri III, venait à disparaître. La perspective de voir un protestant occuper ce siège est juste insupportable à ces farouches défenseurs de la religion du royaume de France.
Plusieurs familles de la région adhèrent à la Ligue. C’est le cas entre autres de Louis de La Trémoille, chef de la ligue en Poitou et Touraine ; des La Haye-Montbault, seigneurs de La Dubrie ; d’Eusèbe du Puy-du-Fou de La Sévrie des Cerqueux, gouverneur de la Garnache, lieutenant-général au gouvernement du Poitou, etc.

Enfin, à la tête du royaume, le parti du roi Henri III est celui du compromis et des compromissions, cherchant un jour à rallier à sa cause Henri de Navarre, espérant un autre jour l’appui des ultra-catholiques de la Ligue.
Les Le Mastin seigneurs de La Rochejaquelein (Voultegon) et de La Favrière (Nueil) sont des chevaliers de l’Ordre du roi et donc à son service. Claude Le Mastin (vers 1540-1628), seigneur de La Favrière, est gentilhomme de la Chambre et gentilhomme d’honneur de la reine Catherine de Médicis.

Ajoutons enfin à cette liste le seigneur de la baronnie de Bressuire, Philippe Strozzi (depuis 1581). Colonel général dans le parti des catholiques, il rassemble une troupe qui commet des dévastations sur les terres de la vicomté de Thouars jusqu’en 1582. Les propriétaires suivants, de Fiesque, catholiques, n’ont eu aucun rôle dans la région à notre connaissance.

Portrait de Claude de La Trémoïlle, duc de Thouars,
huile sur toile exposée au château de Versailles, au Trianon, France.

A Thouars, Louis III de La Trémoille décédé en 1577, quel seigneur prend en mains les rênes du duché de après lui ? Ce n’est sans doute pas son fils, Claude, âgé alors de 11 ans seulement. C’est peut-être sa veuve douairière qui administre l’immense domaine.
Alors que sa demi-soeur est l’épouse de Charles Rouault du Landreau converti du protestantisme au catholicisme en 1568, Claude de La Trémoille, au grand dam de sa mère, entreprend la démarche inverse.
Jean-Luc Tulot auteur de la plus complètes des notices biographiques sur Claude de La Trémoille précise qu’il « ne fut pas seulement un protestant politique. Comme le souligne Winifred Stephens, une fois qu’il eut adopté la Religion, il devint un pilier de la foi. Par la ferveur de sa piété et la rigueur de sa pratique religieuse, il ressemble aux puritains anglais. Deux de ses plus intimes amis furent Duplessis-Mornay et Agrippa d’Aubigné. Pour Henri de Navarre, qu’il considérait comme un opportuniste sceptique, il n’avait guère de sympathies« .
Claude n’est pas le seul à se convertir. Sa soeur, Catherine-Charlotte en fait autant et devient elle aussi protestante.
« Au mois de mars 1586, mademoiselle de la Tremoille, qui s’était auparavant retirée à la Rochelle, et y avait fait solennelle protestation de vivre selon la Religion réformée, dès le 19 janvier 1586, en partit pour s’acheminer à Saint-Jean-d’Angely puis à Taillebourg où le dit sieur Prince (de Condé) l’épousa le dimanche 16 mars. »

Qu’est-ce qui a pu susciter un tel revirement de parti ?
L’oncle des jeunes gens, Henri de Montmorency (1537-1614) est un fidèle de la cause royale. Seigneur de Damville, il prend part aux luttes dans lesquelles sont engagées les troupes du roi Henri II et se distingue sur plusieurs théâtres d’opérations militaires. En 1566, il est créé maréchal de France. Mais alors qu’il est gouverneur du Languedoc (au moins depuis 1563), il choisit finalement de s’allier aux protestants en 1574.
C’est ce choix politique qui aurait déterminé Claude de La Trémoille à suivre la même voie et épouse le parti protestant. Ainsi, « le 3 janvier 1586, le prince de Condé débarque à La Rochelle avec Claude de La Trémoille, duc de Thouars »

Qu’il soit alors déjà ou pas encore rallié à la cause des Réformés, le seigneur de Thouars assiste comme tous les gens du pays à la progression militaire d’un Henri de Navarre engagé dans une conquête de tout l’ouest de la France. Cette opération s’opère depuis la Rochelle au début de l’année 1587. Depuis deux ans, une terrible épidémie de peste sévit dans la région de Niort à Saint-Jean-d’Angély. Le Béarnais pénètre néanmoins sur les terres des La Trémoille et conquiert les unes après les autres les places fortes relevant, entre autres, de cette famille de Thouars.

Le château de Mauléon fait partie des objectifs. Pourquoi ? Il est déjà communément admis que la petite ville fortifiée n’a guère d’intérêt militaire et stratégique. Dans la partie de jeu d’échecs qui se joue contre les troupes protestantes, celles de la Ligue et celles du Roi, la forteresse des anciens seigneurs de Mauléon n’est qu’un vulgaire pion. « La Ville de Mauléon est une petite Ville du bas Poitou, faible, nullement munie, en laquelle néanmoins y a un château, mais qui n’est de guère meilleure défense que la Ville » lit-on dans l’Histoire de la Ligue.

Agrippa d’Aubigné qui a peut-être découvert les lieux à cette époque, a la plume plus incisive encore :

« Vieille place, d’assiette avantageuse et presque précipiteuse par tout, hormis par une tête, et qui eut été fortifiée pour ces raisons, joint à elles que c’est une élection et tablier, si la stérilité du pays n’eut fait dédaigner les avantages qu’elle reçoit de nature. Je compte parmi la stérilité du pays celle des capitaines et des esprits entreprenant. »

Mauléon et sa place forte d’après Cassini.

On constate au passage qu’il n’est, nulle part, fait mention de la présence en ce lieu d’une abbaye, pourtant richement dotée, et de plusieurs églises : Saint-Basile, Saint-Jouin, Saint-Melaine, Saint-Pierre et Sainte-Madeleine.

L’un des intérêts de ces faciles conquêtes de places-fortes sans enjeu stratégique est aussi pécuniaire. A l’époque, les troupes ne disposent pas de casernement et rarement d’une solde régulière. Les soldats de quelque parti que ce soit se nourrissent donc sur le dos des populations locales qui les subissent plus qu’elles ne les accueillent. Les témoignages sont légion de ces villages dévastés, incendiés, de ces femmes torturées, de ces filles violées, des biens et récoltes pillés, des meubles et maisons détruites, des futures moissons broutées sur pied par les chevaux des cavaliers… Mauléon n’échappe pas à ces terribles outrages comme nous allons le voir.

Pour connaître avec précision le parcours du Béarnais, il est intéressant de consulter les échanges épistolaires qu’il entretient avec divers personnages ainsi que ses livres de comptes. Cela permet de le suivre à la trace.
En 1587 donc, Henri de Navarre se trouve effectivement dans l’ouest. Le 1er avril, il rédige un courrier daté de La Rochelle. Le problème est qu’il se passe deux mois sans que le chef du parti des protestants ne prenne une nouvelle fois la plume, ou en tout cas ne laisse une trace écrite de ses actions. La lettre suivante de sa main ne date que du 1er juin. Ce qui est intéressant, c’est qu’elle est écrite des Loges à Fontenay-le-Comte. Or, on sait que cette ville est assiégée par les troupes du roi de Navarre depuis le 23 mai.

« De là il envoya M. le Prince avec trois canons à Mauléon, petite Ville , qui toutefois fut prise par escalade avant que le canon eût joué, dès le lendemain que le Roi de Navarre y fut arrivé, lequel s’était retiré à Luçon après la reddition de Fontenay, feignant vouloir se retirer à la Rochelle. »

Que faut-il comprendre dans ce texte ? Henri de Navarre est stationné à Fontenay-le-Comte. De là, il donne l’ordre à son compagnon de parti, Henri de Bourbon (1552-1588), prince de Condé, époux de Catherine-Charlotte de la Trémoille, de s’avancer jusqu’à Mauléon et d’en saisir le château. Le siège de la place commence le 27 mai 1587. La forteresse n’est occupée que par « quelques gentilshommes et soldats, réunis par le seigneur de La Blandinière » dit l’historien Charles Thenaisie.
La phrase originelle qui a inspiré cet auteur est d’Agrippa d’Aubigné et elle ne rapporte pas tout à fait la même chose : « Quelques gentilshommes & soldats ramassés, qui à la sollicitation de Blandiniere s’étaient jetés dedans, gagnèrent le château et y reçurent une assez favorable capitulation« , ce qui signifie que Blandinière est du nombre des assaillants protestants. Mais ce passage n’apporte pas la preuve non plus qu’il s’agit ici du seigneur du château de la Blandinière tout proche.

Pendant ce temps, Henri de Navarre se trouve encore loin du théâtre des opérations mauléonaises. Du 1er au 9 juin, on le voit qui se déplace entre Fontenay-le-Comte, Mouchamps et Luçon. Le soir du 9 juin, il couche à Toucheprès, possiblement chez Ménard, seigneur du lieu situé à La Pommeraye (Vendée). Les Mesnard de Toucheprès sont gentilshommes du roi de Navarre, propriétaires de la baronnie de Châteaumur, du Bois-Fichet (depuis 1576) à Saint-Jouin-sous-Mauléon et des Deffends (depuis 1576) à Montravers.
Le lendemain, 10 juin, Henri de Navarre dîne (repas de midi) à Toucheprès puis se met en mouvement pour rejoindre la ville de Maulévrier où il couche le soir même. Le 11 juin, il passe la journée à Maulévrier attendant sans doute l’assaut décisif de ses troupes sur le château de Mauléon qui ne se trouve qu’à 11 kilomètres.
Le 12 juin l’opération est terminée. Il a tout de même fallu 15 jours de siège. Les hommes d’Henri de Navarre sont maîtres du château de Mauléon. Le chef de guerre s’y rend donc et dîne dans cette ville. Il ne s’y attarde pas. Le roi béarnais rejoint dans la soirée la seigneurie de Toucheprès où il soupe et couche à nouveau. Ensuite, il ne remet plus les pieds à Mauléon. Les 13 et 14 juin, il est de passage à La Chataigneraie puis retourne à Fontenay-le-Comte avant de rallier Saint-Maixent pour finalement rejoindre La Rochelle. Henri de Navarre n’aura séjourné que quelques heures à Mauléon.
Ce qui ne l’empêchera pas de repasser non loin de la place-forte des anciens seigneurs de Mauléon quelques jours plus tard. Ainsi, le 27 juin, il fait une courte halte à Amailloux. En octobre il est à Saint-Loup, Secondigny, Melle avant d’aller s’illustrer à la bataille de Coutras (20 octobre 1587) avec son nouvel allier, Claude de La Trémoille, seigneur de Thouars.

Pour s’assurer la préservation de sa conquête mauléonaise, Henri de Navarre charge le gouverneur de Fontenay, Charles Eschallard seigneur de La Boulaye, allier de Claude de la Trémoille, de veiller sur les lieux. Sur place, « le Roi de Navarre y avait laissé le seigneur de Villiers-Charlemagne (Joachim du Bouchet) pour gouverneur, avec quelque nombre de soldats, non tant pour opiniâtrer (NOTE : S’obstiner à défendre) cette place, qui ne pourrait pas résister à une beaucoup moindre armée qu’une roïale, que pour tenir le large, & s’y rafraîchir.« 

Le très précieux témoignage d’un sergent royal de Saint-Amand, Louis Ysembert, apporte une variante à tous les autres récits de ces faits en introduisant un acteur supplémentaire des événements. Il indique que les Huguenots ne conservent pas leur prise bien longtemps et que le capitaine Mercure Albanais « avec grand nombre de gens de guerre » vient à son tour à Mauléon pour prendre position.
Cet homme était-il effectivement dans les parages à cette date ? Et d’abord, de qui s’agit-il précisément ?

Ce Mercure L’Albanais se trouve à Niort en 1585, 1586 et 1587. Il s’appelle en réalité des Hayes de Trellon, capitaine des gens de pied, un catholique, lieutenant du comte de Suze (NOTE : Peut-être François de la Baume , comte de Suze , chevalier de l’ordre du Roy , conseiller d’Etat , Gouverneur & Lieutenant General pour le Roy en Provence , chef des armées catholiques du Dauphiné, tué à Montélimart en 1587).
Lors de son périple en Poitou, alors qu’elle se trouve à Niort le 17 février 1587, la reine mère Catherine de Médicis écrit une lettre à son fils le roi Henri III le suppliant de subvenir aux besoins de cet homme dont elle loue les grandes qualités humaines et militaires. Il est donc probable que durant l’été 1587, Mercure l’Albanais a tenté de reprendre Mauléon, place-forte aussitôt récupérée par les protestants.

« Le sieur de la Boulaye reprit la dite ville par surprise, et y établit en garnison le sieur de Villiers Charlemagne avec trois ou quatre compagnies, tant de cheval que de pied » ajoute Louis Ysembert.

Si ces batailles sont rudes entre catholiques et protestants, ce sont les populations locales qui en subissent le plus les conséquences comme en témoigne cette requête écrite deux ans plus tard par les habitants :

« Au roy. Sire, vos très humbles sujets, les habitants de la ville de Mauléon et des paroisses de Saint-Jouin, Rorthais, Saint-Aubin-de-Baubigné, la Petite Boissière et Moulins, proches et contigües de la dite ville de Mauléon, vous remontrent, en toute humilité, que, le 23 may 1587, la dite ville fut assiégée ; le 12 de juin suivant, prise par force et d’assault, les meubles des habitants d’icelle entièrement pillés, leurs personnes rançonnées, la plupart des fruits et meubles des habitants des dictes paroisses consommés et emportés, leurs bestiaux aratoire et autre emmenés, et le parsus (ce qui reste) rançonné par ceux de la nouvelle opinion. »

Ces pillages répondaient d’une certaine manière à l’édit du roi 16 octobre 1585 qualifiant ceux qui n’abjurent pas la religion réformée, de criminels de lèse-majesté et ordonnant le pillage de leurs biens meubles et immeubles.

Mauléon finalement conquise par les protestants, les troupes s’installent chez l’habitant, à leur plus grand désespoir. Non satisfaits d’avoir dévasté les environs lors de la conquête, ils poursuivent leurs exactions pendant toute la durée de leur occupation.

Dans leur lettre de 1589, les habitants déplorent qu’une « partie desquels (occupants) étant demeurés en garnison en ladite ville auraient forcé les pauvres suppliants leur payer, avec les deniers des tailles, grandes sommes de deniers, pour leur nourriture et entretien (ou entrainement ?), ne délaissant, néanmoins, de prendre presque tous les fruits croissants sur leurs terres, auparavant même (avant même) la maturité d’iceux, et, encore, les contraindre à plusieurs et continuelles corvées, tant d’hommes, que de boeufs et charrettes, pour la fortification de ladite ville. « 

Les soldats protestants s’en donnent à coeur joie.
Les chroniques rapportent que « c’est en ces circonstance que le duc de La Trémoille enleva (à l’abbaye de la Trinité de Mauléon) les titres et les vases sacrés, dont la valeur montait à 30 000 livres tournois« . Le tout est emporté et mis en sûreté au château de la Guierche à Saint-Amand.

Un autre témoin, rapporte que « le 28 juin 1588, René Chaboceau, sergent de la compagnie du capitaine protestant Chabot (?), alors en garnison à Mauléon, s’était mis à courir les chemins« . Croisant la route de Renée Lucas, épouse de François Jousseaume, seigneur du Colombier demeurant à Marnes, il décide de mettre en déroute l’escorte de la belle et de rapatrier sa prise à Mauléon. Chaboceau est fier de lui. Le mari de l’otage est un des chefs catholiques contre lesquels ils sont en guerre.
Scandalisée de s’être fait détroussée de 50 écus d’or par ce sergent, la dame en appelle à une de ses connaissances stationnée sur place, le capitaine La Plaine-Morineau, également de Marnes. Le litige arrive devant le chef de guerre Henri de Navarre qui botte en touche et demande à la sénéchaussée de Fontenay de trancher. Ses soldats, Chabot en tête, sont fous de rage et menacent de quitter le Béarnais. L’affaire en est là lorsque la menace de l’arrivée des troupes royales se fait plus pressante.

Le gouverneur de Mauléon, Joachim du Bouchet s’empresse de faire mettre les objets les plus précieux (NOTE : Sans doute les biens de l’abbaye qu’ils ont pillée) en sûreté avant d’envisager une quelconque et vaine résistance face aux troupes du duc de Nevers. Il organise en réalité le pillage en règle des lieux.

« Lesdits ennemis, voyant votre armée conduite par monsieur de Nevers s’acheminer vers ladite ville, et pour icelle armée incommoder, auraient fait conduire en la ville de Fontenay, et autres endroits par eux occupés, ce qui restait de meubles, fruits et bestial aux dits suppliants, et mis le feu en leurs maisons, dont serait ensuivi que lesdites paroisses et ville de Mauléon sont sans habitants, métiers et colons, pour être la plupart d’iceux morts sous la pesanteur de leur tristesse et ennuis, et les autres absents et mendiants leur misérable vie en divers pays, et, par ce moyen, les terres incultes et en friche » témoignent les habitants en 1589.

Mauléon et les paroisses voisines sont exsangues. Les protestants ont ratissé tout ce qu’ils pouvaient avant d’abandonner, sans gloire, les lieux aux nouveaux conquérants.

Louis de Gonzague, duc de Nevers, fidèle au roi Henri III, est catholique. De Nevers n’est à la tête de l’armée royale que depuis le mois de septembre 1588. Même si lui même n’en est pas, « la plus grande partie de cette Armée, tant des chefs et de la noblesse, que de ceux qui obéissaient, étaient de la Ligue« .

Avant de prendre le commandement de cette armée Louis de Gonzague avait marqué « sa répugnance à se voir chef d’une armée de brigands, et qui ne l’étaient que parce qu’on les forçait à l’être. Il avait peine à marcher précédé de bourreaux, pour punir des hommes écrasés par la misère, qui n’avaient été sollicités aux rapines que par les conseils du besoin. […] Arrivé en Poitou, il trouva beaucoup d’abus à réformer« .

De Nevers tente de rétablir l’ordre malgré le manque de confiance qu’il a dans ses subordonnés, notamment La Châtre, lié aux Guises, Sagonne, La Châtaigneraie, etc. Ce dernier, souligne Turpin, « n’avait pris les armes que pour défendre les domaines que la famille possédait en Poitou. » Finalement, seul Lavardin était ouvertement l’ennemi des Ligueurs.
« Si tous (ces officiers) n’étaient point animés par l’aiguillon de la gloire, la plupart avait leurs possessions à défendre« .

« Cette Armée était grande & forte, composée de Français, Suisses & Italiens, avec grand nombre de Gendarmerie, Chevaux-légers & Noblesse volontaire ; s’y rangeaient aussi hommes de toutes parts , des Villes, Communautés & Provinces circonvoisines, tant de delà que de deçà la Loire. Entre les autres Seigneurs du Païs du bas Poitou y étaient les sieurs des Roches Baritaut (Philippe de Chateaubriant), de Bournezeau , de la Boucherie & Saint-André, avec leurs Compagnies.
De cette Armée était Général M. de Nevers, assisté des sieurs de la Chastre, Sagonne (Jean Babou), Lavardin (Jean de Beaumanoir) & plusieurs autres Seigneurs, Chefs & Colonels, l’artillerie & munitions ensemble, tout autre appareil de guerre y était grand.
« 

Le 6 novembre, de Nevers passe en revue ses troupes et part pour Mauléon, « petite ville mal fortifiée, mais défendue par de Villiers-Charlemagne (Joachim du Bouchet),officier aussi brave qu’expérimenté, qui paraissait résolu de s’ensevelir sous les murs de la place« .

« Mal secondé par ses officiers, qui, dès les premiers coups de canon, lui conseillèrent de prévenir leur perte par une prompte soumission« 

Joachim du Bouchet ne manifeste aucune résistance face à l’armada royale dans laquelle se trouvent des seigneurs poitevins, animés par la soif de se venger « des ravages que la garnison de cette ville avait exercés sur leurs terres« . Certains de ces Poitevins s’introduisent dans la place et pillent plusieurs maisons. La rage des forcenés est freinée par l’autorité de Lavardin et La Châtre.
Les 400 formant la garnison gouvernée par Joachim du Bouchet quitte la ville et la place-forte. Ces hommes rejoignent Fontenay où se trouve La Boulaye englué dans le procès déclenché à la suite de l’affaire de la dame Jousseaume. Laquelle finit par recouvrer ses écus d’or et sa liberté.

Conquise par les troupes du roi, gouvernée par de Lavardin, Mauléon s’épuise. Après avoir supporté la garnison protestante, elle doit subvenir à présent aux besoins et exigences des 800 à 1 000 soldats du duc de Nevers. En janvier 1589, les « très humbles sujets, les habitants de la ville de Mauléon et des paroisses de Saint-Jouin, Rorthais, Saint-Aubin-de-Baubigné, la Petite Boissiere et Moulins, proches et contigües de la dite ville de Mauléon » adressent leur supplique au souverain. La lettre est signée de De Vaumorand.

Après avoir décrit leur calvaire, ils lui demandent une exemption des tailles, aides, emprunts, impôts et subsides « pour le temps de cinq années entières et consécutives« . Faute de quoi, réduits à la mendicité, ils ne pourront plus assurer à l’avenir le paiement de ces contribution.
La requête est ensuite adressée le 29 janvier « au président et trésoriers généraux de France établis à Poitiers, pour sur le contenu en icelle informer ou faire informer par les élus de l’élection dudit Mauléon« .

Nous ne savons quelle suite les autorités poitevines donnent à cette demande. D’ordinaire, ce genre de réclamation n’est pas suivi d’effet, les autorités arguant que le support des habitants aux troupes est inhérent à toute conquête.

La souffrance des Mauléonais cesse-t-elle avec l’arrivée des troupes royales ? Un échange épistolaire entre deux gentilshommes daté du 15 novembre 1588 du camp de Mauléon, le laisse penser. Mais cette lettre n’a été rédigée que deux jours après la conquête de la ville…

« Et par ce moyen a dégagé quasi tous les villages occupés par lesdits Huguenots dépendants des recettes de Thouars, Montreuil-Bellay, et Tablier de Mauléon, de Loudun et de Saumur, et outre rendu libre le pays […] au grand contentement de la noblesse et du pauvre peuple, qui loue infiniment Dieu, […] que cette conduite d’armée […] elle vit avec tant de règle et d’ordre, qu’ils n’en ressentent point de charge, ni d’oppression. […]« 

Ces lettres semblent avoir été écrites par Claude de la Châtre, gouverneur d’Orléans pour la Ligue, et qui est l’auteur d’autres lettres, rédigées « au camp devant Mauléon » et envoyées à la même période à destination du duc de Nevers.

Dans une lettre à M. Réaux datée de décembre 1588 , du Plessis-Mornay évoque aussi Mauléon. Cette ville, dit-il, « que nous avons naguère pris en Poitou sur les marches d’Anjou, est attaquée de M. de Nevers, petite place et faible, mais qui donnera loisir aux bonnes de s’amender (NOTE : Ce qui signifie, qui permettra aux bonnes places fortes d’améliorer leur défense) ».

Après la rédition de Joachim du Bouchet et des siens officialisée par un traité conclu « au camp, devant Mauléon » le 13e jour de novembre 1588, les soldats du roi s’installent dans la durée. Le gouverneur de la ville, Lavardin écrit de Mauléon au duc de Nevers le 23 janvier 1589 et réitère quatre jours plus tard.

La suite est plus incertaine. Nous savons que la ville de Mauléon est une nouvelle fois assaillie par des troupes en avril 1589. Cette fois, c’est le chef protestant François de Coligny-Châtillon (1557-1591) qui mène l’opération.
Qui est cet homme ? François de Coligny, comte de Châtillon (NOTE : Châtillon-sur-Loing) est le fils d’un célèbre amiral de France, Gaspard de Coligny assassiné en 1572 lors de la Saint-Barthélémy et de Charlotte de Laval. Il s’est rangé à la tête des troupes protestantes du Haut-Languedoc dès 1575 et a conquis Montpellier deux ans plus tard. Il en devient le gouverneur et y réside avec son épouse et ses enfants.
C’est de cette ville qu’il part à la fin de 1588 pour rejoindre Henri de Navarre. En janvier suivant, les voici qui partent reprendre La Garnache. Indisposé par une pleurésie, Henri de Navarre confit le commandement de son armée au jeune Coligny-Châtillon. Un choix qui déplaît à Claude de la Trémoille, qui convoite le poste. Malgré tout, Coligny est nommé colonel général de l’infanterie du roi de Navarre. Les protestants deviennent maîtres de Maillezais (1er janvier 1589), de Saint-Maixent, de Niort (29 décembre 1588), de Loudun, de Thouars, de Montreuil-Bellay et de Chatellerault (2 mars). Le 8 mai, après l’accord du 23 avril négocié avec le roi Henri III par du Plessis-Mornay pour le compte d’Henri de Navarre, le Béarnais fait rentrer ses troupes à Chinon.

C’est donc au cours de cette remontée vers Paris d’Henri de Navarre que le chef protestant Coligny-Châtillon tente de reprendre aux troupes catholiques la ville de Mauléon. Il échoue et la ville reste aux mains des catholiques ligueurs. Malgré le siège de Mauléon, « Monseigneur de Châtillon ne prit pas la ville qui est toujours demeurée en l’obéissance du roi jusqu’au mois d’octobre » (1590), précise le sergent Ysembert.

« Au mois de mai (1589), Mauléon, toujours occupée par les catholiques, envoya son adhésion à l’assemblée de la Ligue, réunie à Poitiers. » Source : Carnets du Brham 2008, d’après Gabillaud)

Que se passe-il ensuite ? Plusieurs auteurs indiquent qu’en « octobre 1590, le chef protestant du Puy-du-Fou s’empara de Mauléon« .

Ce Puy-du-Fou était-il vraiment protestant ? Nous pensons que non et qu’il était au contraire un des plus ardents chefs de la Ligue catholique. Car à cette époque, plus que jamais, cette armée composée d’ultra-catholiques s’oppose au roi de Navarre devenu Henri IV à la suite de l’assassinat en août 1589 du souverain Henri III.
Un des chefs Ligueurs s’appelle Gilbert du Puy-du-Fou. Seigneur du Puy-du-Fou, comte de Grassay, baron de Combronde, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, il est capitaine de cinquante hommes d’armes. Son régiment a rejoint l’amiral de Joyeuse au siège Marennes, le 14 août 1586. Chevalier de l’ordre du Roi, dans un acte du 28 mars 1588, il est l’époux de Louise de Châtillon, fille de Claude et de Renée Sanglier. Ils résident à Sablé-sur-Sarthe.

Engagé avec son frère dans la lutte contre le nouveau roi Henri IV que les Ligueurs refusent de voir accéder au trône, c’est donc lui pensons-nous qui tient la ville et le château de Mauléon. Courant 1590 l’Intendant du Poitou lui lance au passage un avertissement. « Le sieur du Puy du Fou est averti de ne pas séparer l’élection de Mauléon » autrement dit de ne rien changer à l’ordre des choses. Il n’aura guère le temps de faire des bêtises. Le sergent Ysembert souligne dans son témoignage que Mauléon a été reprise en octobre par « le sieur du Piedufou qui en a été chassé quoique soit les siens, au mois de mars dernier« .
Ces derniers mots attestent qu’il a été expulsé par des gens du même parti que lui moins de six mois après avoir investi Mauléon. Pour preuve, le 17 mars 1591, François de Bourbon envoie une lettre à M. de la Tremblaye. Elle a été écrite « au camp devant Mauléon« . Ce qui signifie que cet homme, connu surtout du nom de prince de Conti, est devenu, à cette date, le nouveau maître des lieux.

Le prince de Conti, catholique, lieutenant général du roi aux armées de Poitou, « ayant passé la Loire dès le commencement de 1591, entra dans le Poitou, força quelques places (dont Mauléon), et s’étant réuni au duc de La Trémoille, assiégea Montmorillon, où s’était retiré un corps considérable d’infanterie du vicomte de La Guerche, lequel commandait pour la Ligue dans la Marche et le haut Poitou« .

Il est ainsi établi que les anciens ennemis protestants (La Trémoille) et catholiques (Conti) ont uni leurs forces pour combattre le troisième parti, celui de la Ligue.

Qu’en disent les Mauléonais qui voient passer et repasser des troupes de pilleurs sur leurs terres ?

Nous avons d’autres témoignages que ceux des habitants lesquels, nous l’avons dit plus haut, ont exprimé leur profond désarroi dans une lettre daté de 1589. Les autres témoins, une dizaine au total, ne nous renseignent hélas pas sur ce qui s’est vraiment passé. Deux ans plus tard, la plupart, sauf le sergent Ysembert, se bornent surtout à recopier la lettre initiale lors de l’enquête diligentée pour l’exemption des impôts.

Dans sa déposition du vendredi 7 juin 1591, François Petit, seigneur de la Guerche en Saint-Amand apporte tout de même quelques précisions sur les dates et l’identité des protagonistes des assauts répétés :

« La ville de Mauléon, depuis le mois de juin 1587, a toujours continuellement été occupée par les gens de guerre, tant d’un parti que d’autre, après avoir été assiégée de quatre armées, la première conduite par le roi, lors roi de Navarre, audit mois de juin 1587 (protestants), la seconde par monseigneur de Nevers (armée royale), au mois de novembre 1588, la troisième par monseigneur de Châtillon (protestants), au mois d’avril 1589, et la quatrième conduite par monseigneur le prince de Conti (armée royale), au mois de mars dernier 1591.« 

François Petit confirme en outre « que la dite ville de Mauléon a été surprinze d’un parti sur l’autre par deux fois, l’une par le sieur de la Boulaye, au mois d’aout 1588, et l’autre par le sieur du Piedufou, au mois d’octobre dernier passé, 1590« 

Comment traduire cette dernière phrase ? En juin 1587, les protestants occupent les lieux. Sans doute relâchent-ils la pression pour que le gouverneur de Fontenay, La Boulaye, revienne sur place un en après. En 1589, c’est la Ligue qui tient la place-forte et c’est un ligueur, du Puy-du-Fou qui revient occuper les lieux en octobre 1590 avant que les troupes royales ne le délogent.

Si on se résume finalement, la ville et le château de Mauléon ont été convoités et attaqués sept fois de suite en quatre ans.

  • juin 1587 (protestants) : Condé, Henri de Navarre, La Boulaye, Joachim du Bouchet
  • été 1587 ? (catholique) : des Hayes de Trilon dit Mercure l’Albanais
  • août 1588 (protestants) : La Boulaye, Joachim du Bouchet
  • novembre 1588 (armée du roi Henri III, catholique et Ligueurs) : de Nevers, Lavardin
  • avril 1589 (protestants) : armée conduite par Coligny-Châtillon pour le compte d’Henri de Navarre, mais ne garde pas la ville « qui reste à l’obéissance du roi »
  • octobre 1590 (la Ligue) : Puy du Fou
  • mars 1591 (armée du roi Henri IV) : catholiques et protestants contre la Ligue

    « Toutes lesquelles armées, et autres gens de guerre qui ont vaqué sur ce pays de Poitou« , constate le sergent Louis Ysembert, « ont logé ès paroisses de Saint-Jouin, le Temple, la Chapelle-Largeau, Moulins, la Tessoualle, Saint-Aulbin de Baubigné, Rorthais et la Petite-Boissière, parce-qu’elles sont les plus proches de la dite ville de Mauléon. Tous lesquels gens de guerre, qui ont occupé ladite ville de Mauléon depuis ladite année 1587, ont contraint, par force et violence, les habitants desdites paroisses d’aller travailler aux réparations de la dicte ville et château par chacun jour, sans leur donner loisir de vaquer à leurs labourages, ont imposé sur eux et contraint payer de grandes et excessives contributions de deniers, vin, bleds, chair, foin, paille, avoine, bois, filet et autres choses, qui excédaient les facultés desdits habitants, lesquels, enfin, ne pouvant plus supporter telles pertes et mollestations, sont morts d’ennui, à tout le moins la plupart d’iceux, et les autres, qui sont restés vivants, vont mendier leur vie ; au moyen de quoi les métairies, terres et héritages des dites paroisses sont demeurées sans habitants, colons et exploiteurs, infructueuses et désertes, fors quelques unes, que les gentilshommes ont fait labourer à leurs dépens ; le décès desquels habitants, et ruine de ceux qui restent advenus pour les causes susdites, et mêmement parce-qu’ils ont été exposés au pillage huit ou dix fois par les dits gens de guerre, afin de munir la dite ville de meubles et vivres, et incommoder les ennemis, lorsque les armées s’approchaient pour assiéger la dite ville. »

Témoin oculaire des exactions parce qu’il n’habite qu’à une lieue des paroisses en question et s’y est déplacé pour ses affaires, Louis Ysembert a vu les ruines, les maisons en feu. Il a assisté aux pillages et à la démolition des habitations.

Les années qui suivent ne semblent guère plus reposantes pour les habitants de la contrée. On découvre ainsi Claude de la Trémoille, écrivant de Chatellerault le 30 janvier 1598 à M. Rouhet, chef de son conseil à Thouars, dans laquelle il exige de ses fermiers de Mauléon non pas 500 livres mais le double ! La ville était à l’époque gouvernée par Charles de Saint-Christophe, gentilhomme du duc de la Trémoille (NOTE : Cet homme nous est inconnu).

« Monsieur Rouhet, je suis bien aise qu’ayez sollicité les fermiers de Mauléon de m’avancer la somme de cinq cents livres, mais je vous prie les presser encore davantage afin qu’ils me donnent jusques à mil livres pour les cinq années qu’ils demandent. »

Cet épisode seul ne suffit sans doute pas à expliquer l’absence d’implantation durable du protestantisme dans le Mauléonais. Mais par sa brutalité et sa durée, nul doute qu’il a marqué les esprits pour longtemps. La localité se reconstruit ensuite autour de son abbaye sous l’égide d’une famille mauléonaise, les Escoubleau de Sourdis. Archevêque de Bordeaux, François Escoubleau, cardinal de Sourdis en devient l’abbé en 1607.

Xavier MAUDET ©