1385 : le grand connétable Boucicaut s’empare de Mauléon en Poitou

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Jean II Le Meingre, dit Boucicaut, était très dévôt.

Parmi les hauts faits militaires qui ont atteint la forteresse mauléonaise, on a coutume de citer la prise du château et de la ville par Henri de Navarre, futur roi de France Henri IV. C’était en 1587.
Dans le même registre, 200 ans plus tard, on évoque évidemment la destruction totale de la ville lors des guerres de Vendée en octobre 1793.
1587, 1793… une autre date doit être ajoutée à ce triste palmarès de ruines : 1385. C’est la moins connue de toutes les batailles biséculaires. Elle figure pourtant dans bien des livres d’histoire d’autrefois.

Au 14e siècle, depuis longtemps déjà, les Anglais ont pris largement leurs aises dans tout le Poitou. Le roi, Charles V, qui règne alors sur un embryon de royaume de France dépêche ses plus valeureux chevaliers pour bouter ces Anglais hors du territoire. Parmi eux, le connétable le plus connu s’appelle Duguesclin. Mais il n’était pas le seul.

Le roi Charles V (1364-1380) avait choisi pour faire la guerre « les plus redoutés, et les plus honorables parmi les capitaines de son temps. Les plus illustres sont Jean le Meingre, qui devint maréchal de Boucicaut, et surtout le capitaine breton Bertrand Duguesclin » lit-on dans une Histoire de France éditée en 1881.

Duguesclin a passé deux ans à tenir un siège au pied du château de Bressuire pour finir par emporter le morceau. C’était en 1372 et 1373. Aussi valeureux soit son exploit, Duguesclin n’a pas réussi à nettoyer la région des Anglais. Dix ans plus tard il s’en trouve encore qui sévissent dans les campagnes. Par petites troupes de pilleurs, ils opèrent à partir des forteresses qu’ils tiennent toujours. C’est le cas de la ville fortifiée et du château-fort de Mauléon place-forte anglaise en 1380.

Si Mauléon, contrairement à Bressuire, n’a pas eu l’honneur d’être libérée par le brillant capitaine breton, c’est tout de même par une autre pointure du moment qu’on lui doit cette liberté : le fameux Boucicaut. Précisons qu’il ne s’agit pas tout à fait du collègue de Duguesclin, Jean Ier le Meingre décédé en 1367, mais de son fils Jean II le Meingre, dit Boucicaut, lequel sera à son tour maréchal de France. Il y a de quoi confondre.
Le fils Le Meingre est né en 1364 à Tours. C’est donc à l’âge de 21 ans seulement que ce jeune homme participe à la reprise de la place forte mauléonaise. Il se distingue avec un tel panache que ses exploits sont aussitôt retranscrits dans des livres et des ballades en son honneur publiées de son vivant. Il existe même un ouvrage manuscrit « fini en 1409 » relatant les faits et la bravoure « du bon messire Jehan Le Maingre, dit Bouciquaut« . La prise de Mauléon figure en page 11.

Extrait du plus vieil ouvrage (1409)
sur Boucicaut où l’on cite ses exploits en page 11. Mauléon est cité à la 3e ligne.

On lit ainsi dans l’histoire de ce grand connétable qu’en 1385 « le Duc (Louis II de Bourbon) alla mettre le siège devant Maulaoun (Mauléon, en Poitou). »
Il mène campagne pour le successeur de Charles V, le roi Charles VI qui a demandé à reprendre aux Anglais les forteresses qu’ils tiennent encore dans l’ouest de la France.

« Après avoir ruiné les dehors de cette forte place, il (le duc) y fit donner l’assaut qui fut des plus rudes. Boucicaut fut le premier qui planta une échelle contre les murailles de Mauléon ; bien que les assiégés le défendirent avec vigueur, qu’ils jetassent un grand nombre de pierres sur lui pour l’écraser, il monta sur les murailles l’épée à la main. Les autres assaillants secondèrent si bien sa valeur, que la garnison fut enfoncée de toutes parts, et la ville prise. Les soldats qui gardaient un château voisin (NOTE : Faon, le Puy-du-Fou ?) évitèrent un pareil sort, se soumettant à la direction du vainqueur qui finit heureusement la campagne, chassant les Anglais de la ville de Bourcharante (NOTE : Bourg-Charente, dans le Cognaçais en Charente). »

Ce récit est extrait d’une biographie du Maréchal de Boucicaut : « Histoire du maréchal de Boucicaut,… contenant les événements les plus singuliers du règne de Charles VI, l’abrégé de l’histoire du grand schisme d’Occident, et ce qui s’est fait de plus remarquable dans l’Europe et partie de l’Asie, depuis l’an 1378 jusqu’à 1415 » (auteur : Pilham, De, 1697)

Un autre récit, plus ancien extrait de « Histoire de Messire Jean de Boucicaut, mareschal de France, gouverneur de Gennes, et de ses mémorables faicts en France, Italie et autres lieux » (1620) écrit par Théodore Godefroy (1580-1649) du vivant de Boucicaut raconte le même épisode en un style plus truculent encore :

« Après des forteresses prises (Taillebourg et Berteuil), le duc de Bourbon alla devant un autre fort châtel appelé Mauléon. Là fut livré fort assaut, et au dernier fut pris par mine, et par échelle, où furent faites moult de belles armes. Le premier en échelle fut Boucicaut, qui longuement se combattit, et tant que nonobstant les pesants coups que on lui lançait d’amont tant de pierres, comme d’épées, nul ne le put garder que il ne fut des premiers sur le mur : et là fit tant d’armes que plus faire nul n’en pourrait. Ces choses faites, le duc de Bourbon alla devant un autre châtel appelé le Faon. »

Jean II le Meingre, maréchal (1391) de Boucicaut, sieur de Breuildoré, lieutenant pour le roi Charles VI à Gênes puis gouverneur (1403) de cette ville, époux (1393) d’Antoinette de Turenne, Beaufort… sont ici en prière.

Xavier MAUDET © 2020