1469, le roi Louis XI s’empare de Mauléon

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Arthur de Bretagne, connétable de Richemont a occupé Mauléon.

Pendant un quart de siècle, de 1469 à 1484, la baronnie de Mauléon a été la propriété du roi de France, Louis XI. L’épisode est peu connu localement alors qu’il est la conséquence d’une incroyable affaire d’Etat, d’une spoliation caractérisée d’une propriété privée au profit de la royauté.

Avant la date de prise de possession des terres de Mauléon par Louis XI, la baronnie était depuis au moins l’an mil entre les mains des familles de Thouars et de Mauléon. Par alliance, cette vicomté passe en 1397 dans la famille d’Amboise qui accroit ainsi de manière considérable son empire déjà très conséquent.
Au décès de son oncle Pierre, fils d’Isabeau de Thouars, Louis d’Amboise (1392-1469) se retrouve à la tête d’une fortune immense et contrôle un vaste territoire jusqu’à l’océan. La vicomté de Thouars est au 15e siècle la plus importante du royaume. De quoi susciter la jalousie et surtout la convoitise des souverains, Charles VII d’abord et surtout son successeur, Louis XI, soucieux d’affirmer son autorité sur un royaume encore jeune.

Louis d’Amboise, Georges de la Trémoille, Arthur de Bretagne

L’affaire démarre sous Charles VII. A la mort de son oncle Pierre d’Amboise en 1426, Louis, marié à Louise-Marie Rieux devient à son tour vicomte de Thouars, 32e du nom. Il participe à la guerre de Cent Ans avec son ami Arthur III de Bretagne dit le connétable de Richemont.

Ce connétable, compagnon de combat d’Amboise est également ami de Georges de La Trémoille (1384-1446). A cette date, la famille de La Trémoille ne possède pas encore la vicomté de Thouars. De Richemont est connu pour s’être emparé en 1424 de la ville et du château de Parthenay. Le Breton s’y est installé et a amélioré les fortifications de cette place poitevine. Il s’est occupé des halles, des fours banaux, des moulins, de l’extension des églises.
Avec La Trémoille, de Richemont commet quelques forfaits sordides et des assassinats pour se débarrasser de concurrents embarrassants. Les méthodes de ces deux hommes sont aussi brutales qu’expéditives.

Bientôt jaloux de la proximité qu’entretient son ami La Trémoille avec le roi Charles VII, de Richemont décide de tout mettre en oeuvre pour l’éloigner de la cour. Sans succès. C’est de Richemont qui est chassé de la cour en 1428. Dès lors, deux camps opposés, nourrissant la même haine l’un envers l’autre, s’organisent pour se combattre et se neutraliser.

En 1429, Georges de La Tremoille engage un homme de main pour faire assassiner le connétable de Richemont. L’opération est un fiasco.

En 1431, des pourparlers sont finalement organisés entre Poitiers et Parthenay mais de Richemont est convaincu que La Trémoille veut profiter de cette occasion pour le faire supprimer. Renonçant à s’y rendre en personne, Arthur de Richemont envoie à sa place au devant de la Trémoille, Louis d’Amboise, vicomte de Thouars ainsi qu’Antoine de Vivonne et le seigneur de Lezay. Louis d’Amboise est fait prisonnier, les deux autres ont la tête tranchée. Louis d’Amboise aurait eu la vie sauve en raison du désir de Georges de La Trémoille de marier son fils à l’aînée des filles d’Amboise. Emprisonné, le vicomte de Thouars voit tous ses biens confisqués par La Trémoille au profit du roi Charles VII.

Madame de Thouars, réfugiée à Mauléon

Qu’en est-il de Mauléon ? La chronique d’Arthur de Richemont écrite par un de ses compagnons de route précise qu’à la suite de cette saisie, « ceux de Thouars mirent madame de Thouars (l’épouse de Louis d’Amboise) hors la ville ; elle s’en vint à Mauléon et supplia monseigneur le connétable qu’il lui plut lui aider encontre La Trémoille, et comme sa pauvre parente à qui on faisait si grand tort« .

Ce passage indique que la ville de Mauléon ne fait alors pas partie des biens confisqués. Arthur de Bretagne, comte de Richemont semble en effet contrôler la place forte sans doute après ses sorties armées de Parthenay visant à « dévaster les terres de son ennemi« .
Pour mettre en oeuvre ces opérations, Richemont appelle auprès de lui ses amis Rostrenen et Beaumanoir qui accourent accompagnés de bon nombre d’hommes d’armes. Ce qui fait dire aux historiens que la femme de Louis d’Amboise « tint la campagne, avec le secours de quelques bretons, contre les troupes royales qui s’efforcèrent vainement de la capturer dans Mauléon, en Vendée. »

Mais très vite la place forte conquise n’est plus assez sûre. Madame d’Amboise est conduite à Parthenay.

Alors que son mari est toujours emprisonné, Louise-Marie Rieux organise l’union de sa fille avec le neveu de son protecteur. Un contrat de mariage est signé le 21 juillet 1431 entre Françoise d’Amboise et Pierre de Bretagne. Mais le mariage est empêché, Louis de la Trémoille étant toujours résolu à unir sa famille à celle du richissime Amboise, de gré ou de force.

Prigent de Coëtivy, gardien du château

Après des combats acharnés pour reconquérir les places occupées par les uns et les autres, un traité de paix est finalement signé entre les belligérants à Rennes en 1432.

A partir de cette date, la ville et forteresse de Mauléon est mise sous séquestre par le roi. La garde de cette place forte en est confiée à Prigent de Coëtivy, « de par le roi, auquel il fera serment de la tenir en son obéissance et de n’y mettre ou laisser entrer aucunes gens qui fassent la guerre au pays, ou à Marie de Rieux. » De Coëtivy prête aussi serment à Louise-Marie de Rieux, femme de Louis d’Amboise, « de bien et loyalement garder ladite place. »

Nous ignorons combien de temps Mauléon reste ainsi entre les mains de Prigent de Coëtivy. Cet homme est l’époux de Marie de Rays, fille du fameux Gilles de Rays et de Catherine de Thouars. On ne peut exclure que cette dernière, descendante de Savary de Mauléon, a pu posséder la seigneurie de Mauléon à la suite de son trisaïeul Hugues de Thouars. Ce qui serait une explication à cette prise en charge de cette terre par Prigent de Coëtivy, le gendre de Gilles de Rays.

Deux années s’écoulent. Louis d’Amboise condamné à la prison à perpétuité est finalement libéré en 1434. Il recouvre une partie de ses biens à cette date et la quasi totalité en 1438 sous condition de ne marier sa fille qu’après l’exprès consentement du roi Charles VII. Ce consentement finalement acquis, Françoise d’Amboise peut épouser Pierre de Bretagne en 1442.
En 1446, sa soeur, Marguerite d’Amboise, épouse à son tour Louis de la Trémoille. C’est le fils de Georges, l’ennemi d’hier, celui qui a fait emprisonner son père. La Trémoille père est mort à peine trois mois avant cette union. Louis d’Amboise ne semble pas apprécier cette union.

A cette date, ce seigneur est toujours le propriétaire légitime de la vicomté de Thouars. Nous ignorons si Mauléon lui a été restitué. Il se brouille avec ses filles qui s’inquiètent des dépenses incontrôlées de leur père et de la dilapidation des biens de la famille. Elles redoutent qu’il n’en aliène une partie. En 1457, un arrêt du Parlement est promulgué pour l’en empêcher. Devenue veuve puis carmélite, Françoise de Bretagne cède tous ses droits à venir sur l’héritage à son neveu de La Trémoille par un acte signé en 1468. Au grand dam de Louis d’Amboise.

C’est alors qu’intervient dans cette histoire de famille sans fin, le roi Louis XI, successeur de Charles VII. Soucieux d’accroire son pouvoir et de limiter celui de son vassal trop puissant, Louis XI convainc Louis d’Amboise de lui faire donation de ses biens. A la mort de Louis d’Amboise, le 24 février 1469, le monarque Louis XI fait saisir tous les biens du vicomte de Thouars par Jacques de Beaumont, seigneur de Bressuire. Mauléon en fait partie.

Preuve en est, en mai 1470, le roi signe un acte à destination de sa fille Anne de France à qui il fait « don de la vicomté de Thouars et des terres de Mauléon et Verrie en Poitou » à l’occasion de son mariage avec Nicolas, marquis du Pont.

Cette opération ne doit pas être confondue avec un autre acte passé quelques mois plus tôt à Coulonges-les-Réaux (Coulonges-sur-L’Autize) par lequel Louis XI a fait don des « chastel, terre et seigneurie de Mauléon, avec toutes et chacunes ses appartenances et apendances quelconques » à son frère le duc de Guyenne. Il s’agit là d’une des nombreuses confusion possibles avec le château de Mauléon Soule dans le Béarn.

Et ce n’est pas tout.
Le roi qui a déjà offert plusieurs propriétés à son fidèle compagnon et sénéchal du Poitou, Philippe de Commynes, seigneur d’Argenton-Château, le gratifie cette fois de Talmont-sur-Jard en 1472.

Les héritiers de Louis d’Amboise contestent cet accord et veulent recouvrer ce qui leur appartient. En vain. Louis XI et Philippe de Commynes avec la complicité sur le terrain de Jacques de Beaumont, pour parvenir à leur fin, vont jusqu’à faire disparaître des actes originaux de propriété de la famille d’Amboise.
Louis XI en personne détruit des documents précieux. « Ce n’est pas mois qui les brûle, c’est le feu » aurait-il déclaré en jetant les parchemins dans les flammes. Louis XI veut s’appuyer sur la confiscation des biens du vicomte par Charles VII pour affirmer son droit. Il faut donc faire vite disparaître les actes originaux de restitution des biens à Louis d’Amboise par Charles VII.

Navarrot d’Anglade, gouverneur de Mauléon

Pour gouverner Mauléon, le roi Louis XI y nomme un capitaine. C’est Navarrot d’Anglade qui est promu à cette fonction. Il est nommé « capitaine des ville et chastel de Mauléon, en Poictou« , le 22 février 1472 et l’est encore en 1473 et 1474. D’Anglade était donc le personnage le plus important de la ville à cette époque, détenant le pouvoir militaire sur place au nom du roi.
Il avait épousé le 4 janvier 1469 (contrat le 4 février 1470) Madeleine Chabot, fille d’un des conquérants de Guyenne, petite fille de Brunissande d’Argenton et cousine par alliance de Philippe de Commynes, seigneur d’Argenton-Château.
Le 20 février 1473, Louis XI demande au receveur général des finances de verser 600 livres pour l’aider à guérir de la maladie qui le ronge. Il faut croire que le remède a eu son effet. Car on retrouve Navarrot d’Anglade comme chef des commissaires chargés par le roi de juger Jacques de Brezé. Ce seigneur avait assassiné sa femme, fille d’Agnès Sorel.

Ce n’est qu’à la mort de Louis XI en 1484 que les héritiers de Louis d’Amboise récupèrent tous leurs biens, dont la seigneurie de Mauléon. Deux des trois filles de Louis d’Amboise étant décédées sans postérité, c’est l’épouse de Louis de la Trémoille qui récupère le pactole. Et qui fait ainsi passer l’immense et riche vicomté de Thouars entre les mains de la famille la Trémoille.

La seigneurie de Mauléon restera longtemps dans la giron de cette famille. Ensuite elle passe aux mains des de Granges de Surgères puis au duc de Châtillon dont le fils marie ses filles à un Crussol d’Uzes pour l’une et à un de la Trémoille, pour l’autre.

Xavier MAUDET © 2020