1500. Le roi Louis XII fait étape à Mauléon

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Louis XII est venu « festoyer » à Mauléon le 9 novembre 1500.
(ici, son repas de fiançailles à Nantes. Tapisserie de Tournoi, 1510)

L’événement est totalement passé inaperçu. Il n’est pourtant pas anodin. Le 9 novembre 1500, le roi Louis XII s’est arrêté à Mauléon et a « festoyé » en compagnie de nombreux autres convives. Que venait faire le souverain dans la petite ville fortifiée ?

Il faut se plonger dans le monumental travail de Laurent Vissière consacré à Louis II de la Trémoille, vicomte de Thouars pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette visite royale. Il est le seul historien à notre connaissance a avoir évoqué la présence du roi dans les murs de la ville.
Pour contextualiser, il faut revenir quelques années en arrière.

En 1432, le roi Charles VII confisque les terres du vicomté de Thouars que Louis d’Amboise possède et que Georges de la Trémoille convoite. Le roi finit par restituer son bien à son légitime propriétaire quelques années plus tard.
En 1469, Louis XI confisque à nouveau les terres de Louis d’Amboise contestant les actes de son prédécesseur. Et pour assure que Charles VII n’a rien ordonné en matière de restitution, il détruire les titres de propriété le démontrant avec la complicité de Philippe de Commynes, seigneur d’Argenton-Château et de Jacques de Beaumont, seigneur de Bressuire.
En 1483, Louis XI, pris de remords sur son lit de mort concède que les terres appartiennent à Louis d’Amboise. Son successeur sur le trône, Charles VIII lui restitue donc.
Il n’en jouit pas longtemps. A la faveur d’une union avec la famille de l’ennemi d’hier, le vicomté de Thouars passe entre les mains des la Trémoille.

Au service du roi, Louis de la Trémoille (1460-1525), fils de Louis et de Marguerite d’Amboise, vicomte de Thouars s’illustre par sa bravoure et son talent guerrier. La campagne de 1499 en Italie est à ce titre l’apogée de sa carrière militaire. « A son retour en France, La Trémoille jouissait d’un prestige exceptionnel. Il avait vaincu, à peu de frais et en un temps record, un ennemi qui paraissait redoutable » écrit Laurent Vissière. Pour se reposer de ses interminables et éprouvantes chevauchées, le « chevalier sans reproche » passe l’été 1500 sur ses terres à Thouars.
En octobre, le roi décide d’entreprendre un voyage à travers son royaume. Louis II de la Trémoille et son fils Charles rejoignent le 20 octobre le couple royal à Nantes où le vicomte de Thouars occupe le poste de capitaine de la ville depuis 1492.

Louis XII, roi de France.


Après son séjour à Nantes, le roi poursuit la visite des provinces de France en passant par le Bas Poitou. Le cortège s’ébranle sans hâte et rejoint Montaigu puis Tiffauges.
Ainsi furent jusques à Nantes, où séjournèrent quinze jours ; et,, après ce, délogèrent, et prirent le chemin de Montaigu, et par le Bas Poitou, entrèrent à Thouars, à Chinon et à L’Île Bouchard.
(par Jean d’Auton ; éd. publ. pour la Société de l’histoire de France par R. de Maulde La Clavière, 1889-1895, Chroniques de Louis XII, nov 1500, p. 314)
« La Trémoille dû à un moment le précéder de quelques heures, afin de contrôler l’accueil qu’il avait prévu pour la première étape sur ses terres, à Mauléon » précise Laurent Vissière qui a exploré en détail les lettres et documents du Chartrier de Thouars.

C’est le vendredi 9 novembre 1500 (NOTE : selon le calendrier julien) donc que le cortège royal arrive à Mauléon. C’est Odet de Chazerac qui l’écrit dans son livre de comptes : « Le roy, ce jourd’uy, arrivé à Mauleon où Monseigneur a festoyé beaucoup de gens».

L’organisation de ce repas n’a pas dû être une mince affaire. Le château-fort ne semble pas présenter de salles assez grandes pour accueillir à « festoyer beaucoup de gens », a fortiori de l’importance d’un souverain.
En tout cas en 1484, « au dit lieu de Mauléon », le château est « presque ruineux. Il y a une vieille salle qui n’est point logée. Tout le surplus du logis est long temps à gast (dévasté, en ruines) et froust (ou frost : abandonné). Il y a ville close, foyers et marchés. Les tours toujours découvertes, et aucunes choistes (?). »
En d’autres termes, hormis la salle accolée à la tour qui ont survécu jusqu’au milieu du 20e siècle avant de s’écrouler, le château-fort de Mauléon alors sous les ordres de Pierre de Salignac, n’est qu’une construction militaire, dépourvue de donjon.
Seize ans plus tard pour accueillir son roi, on peut penser que La Trémoille fait installer des tentes et prévoit sans doute aussi des braseros pour réchauffer une compagnie qui voyage depuis des semaines dans les premiers frimas de l’automne.

C’est Odet de Chazerac, maître d’hôtel du vicomte de Thouars, qui s’occupe de ces festivités.

En 1490, Odet de Chazerac était le capitaine du château, terre et seigneurie de Noirmoutier (NOTE : Vacant après la mort de Jean, « bâtard de la Trémoille ») pour le compte de Jean de la Trémoille, archevêque d’Auch, frère du seigneur de Thouars.
Louis de la Trémoille a rencontré Chazerac alors qu’il était jeune et en a fait un de ses plus proches amis. En 1476, c’est avec ce jeune homme « que fort il aimait« , que Louis de la Trémoille prend congé de son père pour rejoindre la cour de Louis XI. Le seigneur n’a que 16 ans, son ami est à peine plus âgé que lui.
Près de trois décennies après leur rencontre, les deux hommes sont toujours très liés.

Avant même que les festivités mauléonaises ne soient terminées, Louis de La Trémoille a rejoint sa ville de Thouars pour y organiser l’accueil du roi Louis XII et de sa suite.

De la fête à Mauléon, il ne reste aucune trace dans les archives hormis la courte évocation qu’en a fait Odet de Chazerac dans son livre de comptes. Il est étonnant que la venue d’un roi n’ait suscité aucun écrit de la part des chanoines de l’abbaye de la Trinité de Mauléon. Leurs importantes archives ont pourtant pu être explorées tant par Thieulin au 17e siècle que par Fonteneau au siècle suivant. Mais il est vrai aussi que ce « trésor » a été pillé à maintes reprises. Par la Trémoille en 1532, puis à nouveau par un membre de la famille de la Trémoille en 1587 à la faveur des guerres de religion et de la prise de Mauléon. Les guerres de Vendée ont donné le coup de grâce à ces précieuses archives.

Xavier MAUDET © 2020