1085. Amenon de Mauléon, le premier seigneur

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Cette superbe enluminure représente Savary de Mauléon,
neveu de Guillaume seigneur de Mauléon
et descendant présumé d’Emenon de Mauléon vivant en 1085.

Arnold, Foulques, Raoul… lequel de ces personnages est le plus ancien des seigneurs de Mauléon ?

Pour l’historien Atgier, Arnold II, fils d’Arnold 1er descendant des comtes de Poitiers, est le fondateur de Mauléon. Il s’appuie sur une chronique des chanoines de Saint-Maixent, très controversée, pour avancer cette thèse.
Pour son collègue Bélisaire Ledain, c’est Foulques qui figure comme le plus ancien membre connu de cette famille poitevine.
Un certain Raoul, contemporain de Foulques, apparait aussi à l’occasion parmi les fondateurs de la cité.
Lequel de ces hommes faut-il finalement privilégier ? Aucun. Les preuves de l’existence et surtout du lien d’Arnold II avec Mauléon n’ont jamais été établies. Quant à Foulques, s’il est avéré qu’il est bien vivant en 1090, il est devancé par d’autres individus de la même parentèle.

Dans ses « Choix de documents inédits sur l’Anjou« , l’archiviste de Maine-et-Loire Paul Marchegay produit un ancien écrit dont Bélisaire Ledain n’a manifestement pas eu connaissance. Il est intéressant car il évoque un ancêtre de Foulques de Mauléon jamais cité par ailleurs : Aménon (ou Emenon).

Marchegay nous apprend (p.90) qu’en 1085, le chanoine Aimeri Bernard, reçoit en don, l’église Saint-Hilaire de Rillé (Vaudelnay en Maine-et-Loire) des mains de « Girard, frère de Foulques, fils d’Amenon« . Située dans les Marches communes d’Anjou et de Poitou, la paroisse de Saint-Hilaire-de-Rillé formait alors, avec le Puy-Notre-Dame ce que l’on appelait la « Petite-Marche ». Vicomtes de Thouars et seigneurs de Montreuil (Bellay) exerçaient alors sur ces marches une juridiction commune.
Quelques temps plus tard, le religieux Aimeri Bernard s’en va trouver à Thouars, ce même « Foulques de Mauléon » toujours au sujet de l’église qu’il a fait construire et qui était située dans le fief de ce seigneur. Aimery, vicomte de Thouars assiste à cette entrevue. Sans doute s’agit-il de l’époux d’Arengarde de Mauléon (1030-1085). Cet Aimery était fils de Geoffroy de Thouars (990-1055) et d’Adenordis (ou Eleonore) de Bretagne.
Plus loin, on lit que Foulques de Mauléon reçoit d’Aimeri Bernard un bouclier fabriqué à Angers. Il s’agit d’un cadeau pour remercier le seigneur de sa donation en faveur de son église. Afin de remettre cet objet en mains propres, Aimeri Bernard rejoint Foulques non plus à Thouars mais à Mauléon « jusqu’à sa motte » précise la charte, détail de grande importance pour l’histoire locale. On peut penser que le seigneur des lieux y a établi son domicile ou, à tout le moins, son siège seigneurial. Ayant reçu le bouclier, Foulques fit approuver le don fait par son fils, dont on ignore le prénom.

Au sujet de cet Amenon de Mauléon (vers 1000-1050), une piste éventuelle conduit sur les traces des comtes de Poitiers. Si Emenon, fils de Bernard 1er, qui a porté le titre entre 828 et 839 doit pouvoir être écarté d’emblée, la situation est un peu différente pour son frère Bernard II dont le fils s’appelait aussi : Emenon. Si cette piste présente un intérêt c’est parce-qu’on prétend que cet Emenon a eu une fille, Ameline, épouse de Geoffroy-Savary de Thouars, un seigneur originaire de Chemillé. Cette Ameline dite « de la Noue » et son mari auraient eu Amaury, époux d’Aremburge de Poitiers.

Qu’en dit Hugues Imbert, l’historien de Thouars ?

Geoffroy est cité en 876 comme premier vicomte de Thouars et officier des comtes du Poitou, lequel a peut-être eu pour fils Savary et Aimery que l’on rencontre en 903 comme vicomtes de Thouars. Il s’agit du même homme mais Imbert ne le marie pas à la fille d’Emenon II de Poitiers et de Bichilde de Troyes, Ameline de la Noue.

Il n’est donc pas possible en l’état actuel de nos connaissances de rattacher directement Amenon de Mauléon à cette branche de la famille de Thouars ni à celle des comtes de Poitiers. Mais les indices de proximité familiale peuvent aider à ouvrir la voie à de nouvelles recherches.

Le prénom d’Amenon (ou Emenon) n’est pas courant. Nous le voyons presque exclusivement attaché à une famille de Montléon vers 1340 (d’après DU CHESNE Antoine, Histoire généalogique de la Maison des Chasteigners, Seigneur de …, Volume 1, p. 233). Il s’agit des Mauléon de Touffou dans la Vienne.
L’historien Thibaudeau a lié les deux parentèles de Mauléon, celle des Deux-Sèvres et celle de la Vienne, en évoquant un document contenu dans le coffre des titres du Poitou aux chartes de la Sainte-Chapelle à Paris. On y lit que le château et la seigneurie de Montmorillon ainsi que la forêt de Chauvigny ont été vendus au roi Philippe V par Guy de Mauléon, chevalier de la Roche-Amenon, en l’an 1282. Selon Thibaudeau, ce Guy de Mauléon serait le fils de Savary 1er de Mauléon et d’Amable du Bois. Les preuves sont néanmoins manquantes.

Nous avons noté plus haut qu’Amenon était le père présumé de Girard et de Foulques de Mauléon. Nous voyons aussi qu’il existe plusieurs années plus tard à Chauvigny un Amenon « de la Roche », fils de Guy Oger.
(Source : Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest, 1963, p.90)

Xavier MAUDET© 2020