Guerres de Vendée à Châtillon-St-Jouin : 200 morts, 1 000 survivants

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Evaluer de manière fiable et incontestable le nombre d’habitants à Châtillon-sur-Sèvre et à Saint-Jouin avant la l’insurrection vendéenne de mars 1793 est une tâche compliquée. Connaître avec précision la démographie est pourtant primordial pour approcher au mieux le nombre des victimes des Guerres de Vendée. Déterminer la proportion de morts (ou de survivants), ne donne pas du tout le même résultat si on se base sur la population communément admise de 1 800 habitants ou si on s’en tient aux estimations faites au cours du 18e siècle, soit 1 500 voire 1 400 habitants. Et forcément, la conclusion n’est pas la même. Dire qu’il y a eu 1 000 victimes sur 1800 habitants (60 % estimation de Louis Fruchard dans son livre « Les Quatre Guerres de Vendée à Châtillon »), n’est pas du tout la même chose que d’avancer le chiffre de 200 à 300 morts sur 1 500 habitants (20 %).

De quelles sources disposons-nous pour évaluer cette population ?
Aucun registre paroissial n’est disponible, tout a brûlé pour les actes datés d’avant 1794 tant pour Saint-Jouin que pour Châtillon.

Les autres sources sont peu nombreuses. Elle couvrent la totalité du 18e siècle, période de déprime démographique avérée, en particulier dans le Bressuirais. Que disent ces sources à propos de la population de Châtillon ?

  • « Etat du Poitou » (1698) Châtillon-St-Jouin : 284 feux soit 1 200 habitants
  • Tableaux statistiques de 1766 soit 1 300 habitants
  • « Almanach Provincial et Historique du Poitou » (1788) soit 1 500 habitants

Dans les Affiches du Poitou de 1777, la notice sur Châtillon-sur-Sèvre ne donne aucun état précis de la population. Mais l’impression de l’auteur, un brin subjective, est que de nouvelles maisons ont été construites, d’autres bâtiment aménagés en habitations et toutes sont occupées. La population a donc peut-être continué d’augmenter comme semblent le montrer les chiffres donnés ci-dessus.

Il reste enfin la fameuse évaluation de la démographie de 1791 qui indique 1 800 habitants sur laquelle tous les historiens se sont arrêtés. Elle semble pourtant exagérée. Le préfet Dupin doute en tout cas de ces chiffres. Il y a de quoi.

En 1800, après les dévastations des guerres de Vendée, la population est estimée à 1 000 habitants. A cette date, tout le monde n’est pas encore rentré à son domicile (et certaines personnes ne rentreront jamais par choix ou par nécessité). En 1804, l’estimation est de 1 200 habitants.

Dix ans après les guerres, il manque donc toujours 200 à 300 personnes. Cette fourchette est proche du nombre de morts connus. Par recoupements de très nombreuses sources d’époque, nous en avons identifié 200. A l’appui de ces mêmes sources, nous avons également identifié 1 000 habitants présents à Châtillon-St-Jouin en 1793 et encore vivants après la guerre. Soit un total de 1 200 personnes connues, identifiées, localisées. Il en manque à l’appel, c’est certain, mais plus beaucoup. Sur les peut-être 300 individus manquant toujours à l’appel, il y a des morts (notamment des enfants en bas âge confiés lors de la fuite des parents à des proches et au destin inconnu), mais aussi des vivants, installés ailleurs. L’enjeu est de les retrouver pour approcher au plus près de la vérité qui, quoi qu’il en soit, est très éloignée des 1 000 morts sur 1 800 habitants.

Xavier MAUDET © (2020)

(voir les sources et références dans : « La Révolution française à Châtillon… » )

Dénombrer les enfants morts est mission impossible. Confiés à des proches
ou des inconnus pour les sauver des massacres, certains meurent sans identité.
AD49 Registres de Saumur