L’église primitive de Saint-Jouin-sous-Mauléon, Saint-Basile

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Sur le cadastre de 1812, l’église n’existe plus, ne reste que les traces de la petite chapelle Saint-Basile.

Tout les Mauléonais connaissent aujourd’hui l’église de La Trinité et celle de Saint-Jouin. La première était l’église abbatiale fondée par les seigneurs de Mauléon. La seconde est celle fondée par les moines bénédictins de Saint-Jouin-de-Marne.
Disparue à la Révolution, il existait une petite église et une cure appelés Saint-Pierre près des Halles actuelles. Enfin, une quatrième église, utilisée juste après la Révolution comme unique survivante des destructions à Châtillon (celle de Saint-Jouin n’avait pas été détruite) était dédiée à Saint-Melaine. Elle se trouvait dans la rue qui porte ce nom.

Ce qui est moins connu c’est qu’outre la chapelle Saint-Martin construite à l’initiative des moines de Saint-Jouin pour leur usage, il existait une autre église que la tradition voit comme sanctuaire primitif de Saint-Jouin. Elle s’appelait église Saint-Basile. Avec sa taille réduite, 10 m par 12 m selon nos estimations, le lieu relevait plus de la chapelle que de la cathédrale

Si le cadastre de 1812 en fait à la fois mention et authentifie le lieu sur le plan, la certitude de son existence se lit dans des archives datant de 1657. Elles font partie du Fonds Fonteneau de la Bibliothèque de Poitiers. A cette époque, l’église Saint-Basile est arentée (une sorte de vente en viager contre loyer perpétuel ou temporaire) aux enchères. Qui possède alors cette église ? Tous les paroissiens de Saint-Jouin à travers la Fabrique, assemblée d’habitants gérant les affaires temporelles de la paroisse, le curé se chargeant du spirituel.
C’est au passage un des points essentiels à la compréhension de ce qui s’est passé pendant les guerres de Vendée, les biens des paroisses, contrairement aux biens des abbayes et couvents, appartiennent alors à la communauté des habitants. La Constitution civile du clergé spoliait donc ces habitants de leurs biens au profit d’individus.
Passons, l’affaire de l’église Saint-Basile se déroule un siècle et demi avant les guerres de Vendée.

Il s’agit donc de confier au plus fort enchérisseur l’église Saint-Basile et le terrain attenant d’une surface d’une boisselée (environ 430 m2 selon les régions). La situation du terrain et de l’édifice alors déjà en ruines, (peut-être consécutivement aux guerres de religion), donne sur la « haute rue » (rue de Saint-Jouin actuelle) et la place de Saint-Jouin d’une part, sur la rue Saint-Martin (de la porte de la cure de Saint-Jouin à la porte de la propriété de Michel Jouault) et la propriété de Michel Marchand, de l’autre.
Les paroissiens « congrégés » (assemblés) sous la direction de Charles Rambault, procureur syndic, Nicolas Girard, seigneur de Puygreffier et le curé de la paroisse Jean Grolleau, exigent de l’acquéreur qu’il reconstruise une chapelle en rez-de-chaussée d’un bâtiment d’habitation. La dimension est même précisé. Cette chapelle devra faire 18 pieds sur 16, soit 40 m2 environ de surface. Le profit de cette rente devra être employé à l’entretien de la chapelle en question mais aussi de l’église paroissiale de Saint-Jouin dont les fidèles partagent l’usage avec les moines bénédictins. Le document officiel est signé par les Mesnard de Toucheprès, alors seigneur du Bois-Fichet.
« L’arrentement fut fait pour 4 livres tournois et 70 sols par chacun an le 24 mai 1657 fête de la Pentecôte » au profit, semble-t-il de Michel Rocheton. Il était époux de Jeanne Baudry (1633-1701). Leur fils sera sénéchal du Pin et de la Tremblaie. Leurs petites filles épouseront l’une un Roquet, l’autre un Massoteau.

Pour perpétuer le souvenir de l’église disparue, au 18e siècle, une fête est organisée. « La fête de saint Basile est de précepte dans notre bourg de Saint-Jouin-sous-Mauléon, ce Saint étant l’ancien patron de la paroisse » écrit dom Jacques Boyer lors de son voyage dans le Bocage (1710-1714). Il précise : « Au dit bourg est la chapelle de Saint Basile construite par Melaine Rocheton, à cause de l’emplacement que la fabrique lui a cédé par dispense de l’évêque de la Rochelle, et où était autrefois l’église Saint Basile qu’on croit avoir été l’église paroissiale et où le dit Rocheton a fait bâtir son logis pour lequel emplacement il paie à la fabrique 4 livres 5 sols. »
Fourier Bonnard, auteur de l’Histoire de La Trinité donne aucune indication complémentaire dans son ouvrage.

La bâtisse semble avoir été récupérée plus tard par les Soullard de La Roche qui en sont propriétaires après la Révolution.

Que reste-t-il aujourd’hui de l’église Saint-Basile, sanctuaire primitif présumé de Saint-Jouin ? Il faudrait explorer l’intérieur des bâtiments, ce que nous n’avons pas entrepris encore. A l’extérieur, hormis des traces d’architecture ancienne (fenêtres, arrêtes de mur, etc) rien ne vient rappeler le souvenir de cette construction ancienne.

En 2006, le Bureau de Recherches Historiques et Archéologiques (BRHAM) a consacré son numéro 16 à Saint-Jouin (merci à Yves Maudet de nous l’avoir communiqué). Il y est question de l’église Saint-Basile et de nombreuses autres détails sur la paroisse.

Ainsi, à propos de l’église Saint-Basile, il est indiqué dans l’article :

Monseigneur Cousseau, enfant du pays, évêque d’Angoulême, dans une petite histoire de Mauléon inachevée, nous signale une implantation d’habitats autour d’une église Saint Basile :  » On ne peut douter que Saint Hilaire et ses premiers successeurs n’aient envoyé des ouvriers angéliques à peu près dans toutes les parties du champ confié à leur soin. Celles qui étaient traversées par les voies romaines étaient d’un accès plus facile, elles durent aussi être cultivées les premières. Je rapporterais à cette époque, la fondation de l’église Saint Basile, incontestablement la plus ancienne de Mauléon. Elle était située près de la voie romaine de Poitiers à Nantes à peu de distance de la rivière de l’Ouin dans une vallée trop agréable pour ne pas avoir été habitée en ce temps « .

Il est aussi précisé qu’après la révolution, cette chapelle en ruine fut affermée à différents boulangers pour y entasser leurs fagots.

On peut relever le nom de ces boulangers dans les archives de la fabrique : Boisson (1832), Baudry (1839), Fonteneau (1840), Guynet (1845), Turpault (1846), Turpault (1881). Un document envoyé au préfet Dupin et signé par les fabriqueurs de la Trinité de Châtillon (Maindron, Chessé, Chauvin Lénardiere, Cousseau Du Vivier, Cousseau de Lépinay), daté de Janvier 1812, lui font part de leur entrée en possession de cette chapelle St Basile en exécution d’un décret de sa Majesté l’empereur du 17 décembre 1807, Il semble que par la suite, cette chapelle ait été revendue ou remise à la commune de St Jouin.

L’auteur de l’article du BRHAM précise encore qu’en 1887, « le Conseil Municipal de Saint Jouin relate dans ses délibérations que la chapelle St Basile, abandonnée de temps immémorial ne peut être réparée d’une manière convenable d’autant
qu’étant en reculement sur façade de 2 mètres, elle ne peut être agrandie d’aucune autre part et que, restaurée, elle ne serait d’aucune utilité. Il est donc décidé que le peu d’argent récolté par la vente servirait à éponger les dettes de la Fabrique.

À noter la découverte lors de travaux il y a quelques années de morceaux de faluns provenant d’un sarcophage et de quelques ossements.

Le vitrail du fond du chœur de l’église de Saint-Jouin porte Saint Jouin et Saint Basile, les deux patrons de la paroisse.

Xavier MAUDET © 2020 et le BRHAM