La famille d’Escoubleau et la maison noble de Sourdis à Mauléon (79)

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Le Sourdy à Saint-Jouin-sous-Châtillon (au milieu en bas)
Carte de Cassini

Sourdis est un des lieux les moins connus de Mauléon. Il est pourtant d’un des sites les plus emblématiques de la commune. Il s’agissait autrefois d’une des principales seigneuries de la paroisse de Saint-Jouin. A l’époque médiévale, il n’y avait pas trente-six maisons nobles dans ce secteur. Outre La Blandinière, La Touche-Salboeuf, Le Bois-Fichet… le Sourdis figurait bel et bien dans la liste des anciens lieux nobles du Mauléonais.

Fait assez unique ici, c’est la même famille qui sans discontinuer, a possédé ce lieu pendant plus de 600 ans, du 13e siècle jusqu’au milieu du 19e siècle au moins. Cette famille a eu sa part de gloire et de célébrité en France. Il s’agit des Escoubleau de Sourdis. Ils ont donné au clergé plusieurs religieux de renom ainsi que de valeureux chevaliers.
« Les membres les plus illustres furent le cardinal de Sourdis, favori de Henri IV, et son frère, Henri d’Escoubleau de Sourdis, évêque de Maillezais, puis archevêque de Bordeaux, commandant en chef des galères de sa Majesté Louis XIII » rapporte l’abbé Grégoire sans son excellent travail historique sur Les Echaubrognes (NOTE : « Revue Historique de l’Ouest », 1900)

L’origine du nom de cette famille se trouve aux Echaubrognes où elle possédait le lieu-dit Escoubleau et le moulin d’Escoubleau. Le logis d’Escoubleau qui se trouvait au bord de la rivière aurait été détruit en 1904 indique André Laurentin.
Propriétaires des terres de Sourdis à Saint-Jouin, il ont logiquement ajouté ce lieu noble à leur nom pour ne plus en changer au cours de l’Histoire. Autrefois, que l’on soit noble ou pas, il était de coutume de se distinguer des homonymies par l’addition du lieu possédé.

L’un des derniers propriétaires que nous connaissons à avoir possédé Sourdis s’appelait François-Ange-Théophile d’Escoubleau, comte de Sourdis. Nous savons à travers les actes de successions qu’il transmet cette propriété à ses soeurs et à son père lorsqu’il décède prématurément à l’âge de 33 ans.
Le 23 août 1823, François-Ange-Théophile d’Escoubleau, comte de Sourdis, meurt à Grenade en Espagne. Colonel de cavalerie des chasseurs du Var, ce chevalier de Saint-Louis et commandeur de la légion d’honneur n’a pas survécu aux blessures reçues lors de la campagne d’Espagne qui l’a conduit à Grenade début août. Ce n’est pas la première fois qu’il est blessé. En 1814, il avait déjà reçu un coup de lance au bras gauche ce qui lui avait valu de la promotion.
Son père, le marquis se Sourdis avait tout fait pourtant pour lui éviter la souscription et d’être enrôlé dans l’armée. Né à Paris où réside de longue date la famille, élevé sous les yeux d’une mère « tendre et pieuse », il avait sous l’influence paternelle, rejoint le corps des gendarmes d’ordonnance. Lors de la dissolution de ce corps en mars 1807, il ne peut éviter l’armée et rejoint les chasseurs de l’ex-garde. Fait officier à Wagram, il file en Espagne et intègre le 9e régiment de hussards. Il y est en 1812. En 1815 il suit le roi en exil. En septembre il est nommé colonel des chasseurs du Var. Il a 26 ans. Mais avec huit campagnes et quatre blessures à son actif, le jeune homme accuse la fatigue et déjà l’usure. Le 28 juillet 1823, un mois avant son décès, il est fait chevalier de la légion d’honneur.
(NOTE : Source : Histoire de la campagne d’Espagne, pp. 131 à 134)

En mourant, le militaire laisse à ses proches la terre de Sourdis et le moulin d’Escoubleau. Ses héritiers sont Antoine-René d’Escoubleau, son père, marquis de Sourdis, Lina-Marie-Augustine
et Louise-Amanda-Quintina filles mineurs « soeurs du défunt ».
Sans doute ne reste-t-il déjà plus grand chose de l’ancienne maison noble de Sourdis.
L’historien André Laurentin en a fait la description suivante vers 1950
(NOTE : Le Haut-Bocage, monuments, sites et histoire, Res Universis, 1993) :
 » Il reste un morceau du logis (cheminées, poutres, fenêtres) aux proportions importantes, transformé en grange. Il est situé au bord d’un étang, alimenté par un ruisseau qui se jette dans l’Ouin 200 m plus loin. » Plus approximatif, L.-W. Ravenez, le biographe du cardinal de sourdis ne se mouille guère en avançant qu’on « reconnaît quelques vestiges d’une maison noble : écusson, tourelles. Il existe dans l’église de Châtillon une chapelle de Sourdis« . Cette chapelle se trouve dans l’église de Saint-Jouin.
(NOTE : RAVENEZ L.-W., François de Sourdis, archevêque de Bordeaux, primat d’Aquitaine », Paris, 1867.)

Le moulin d’Escoubleau (pastille rouge) n’est pas nommé mais il est bien présent sur la carte.

Le récit historique évoque une implantation antérieure à 1195 et un dénommé Guillaume Martin au nombre des premiers propriétaires des lieux. Les Escoubleau s’y installent ensuite au 13e et, même s’ils quittent les lieux, en restent propriétaires jusqu’au milieu du 19e siècle.
Parmi les personnes ayant résidé sur place, on croise Pierre Morisset puis Pierre de Hillerin (1620), Thomas Cicotteau (1714).

En 1823, Sourdis est affermé au sieur Louis Supiot, un ancien combattant Vendéen, « suivant bail passé devant Bellink notaire à Châtillon le 28 janvier 1818, moyennant 1000 F et de la paille pour 15 F et des charrois estimés 12 F. » Le moulin d’Escoubleau est affermé verbalement au sieur Béraud, meunier, moyennant 200 F.

Quelques années avant les Supiot arrivés de Trémentines à Saint-Jouin au moment des guerres de Vendée, d’autres métayers exploitaient les terres. On cite Alexis Cicotteau, sieur des Touches à Moulins. En 1714, Alexis Cicoteau et son épouse Marie-Françoise Audet, veuve d’Antoine Garnier, sénéchal de La Guierche, sont les exploitants de Sourdis selon l’abbé Grégoire. Sans doute sont-ils plutôt les fermiers et donc régisseurs des lieux. En 1720, ils logent dans la maison noble de Sourdis.

La grande énigme concerne les Escoubleau de Sourdis natifs de Saint-Jouin. Lesquelles parmi toutes ces célébrités ont vraiment vu le jour à Mauléon ? La question mérite d’être posée car selon les historiens, les Escoubleau sont originaires soit du Thouarsais soit du Mauléonais.

Ils s’appuient sur l’existence d’un Sourdis-le-Ligron à Mauzé-Thouarsais, et d’un Sourdis à Mauléon. Si le second, d’après Bélisaire Ledain, est connu dans les archives depuis 1195, le premier est répertorié depuis 1479 seulement.
Troublant, sur la carte de Cassini, si le moulin d’Escoubleau est dessiné, il n’est pas mentionné et Sourdis-en-Ligron n’existe tout simplement pas sur cette carte ancienne. A Saint-Jouin en revanche, le château de Sourdis est bien répertorié et dessiné soulignant du même coup son importance.

Alors, qu’en est-il ?

Aussi loin que l’on puisse remonter, le premier du nom connu, s’appelait Guillaume de Sourdis le Vieux (NOTE : par opposition peut-être à Sourdis-le-Ligron, plus récent ?). Il est cité vers 1203 comme vassal de Geoffroy Veres dans un acte relatif à l’abbaye de La Trinité de Mauléon.

Geoffroy Escoubleau vivait vers 1220. En 1285, ce seigneur, rend hommages pour la seigneurie de Sourdis (à Mauléon ?). Son petit-fils Pierre épouse Isabelle de l’Isle (Lélite ?).
Pierre, leur fils, convole avec Jeanne Petit. A cette époque et si l’on parle bien de la même famille, les Petit ne sont pas encore seigneur de La Guierche.
(NOTE : Aubert de la Chesnaye-Dubois, biographe, n’évoque pas ce couple)

C’est pourtant à partir de ce couple que l’on voit plusieurs alliances se nouer avec des familles portant des patronymes rattachés à la localité de Mauléon, notamment les familles de Rorthais et Petit de La Guierche, voisins immédiats des Escoubleau à Sourdis et probablement Jean de La Faye, époux de Guillemette d’Escoubleau.

Deux branches se distinguent ensuite clairement à partir du mariage de Maurice d’Escoubleau, seigneur de Sourdis et de Beauchêne (métairie qui jouxte Sourdis à Saint-Jouin) avec Guillemette Foucher.

1) La branche initiée par leur fils Etienne, seigneur de Mauzé-Thouarsais, époux de Jeanne Tusseau. Le fief de Sourdis (Ligron) appartenait alors à la famille d’Escoubleau. Jean d’Escoubleau, seigneur de Sourdis en avait rendu l’aveu le 29 avril 1476. C’est de cette branche dont sont issus les fameux prélats et un conseiller du Roi François 1er.

2) L’autre branche, initiée par l’autre fils de Maurice et Guillemette Foucher, Jean, époux de Françoise Buor, perpétue la lignée Mauléonaise de Sourdis d’origine.

François d’Escoubleau de Sourdis se serait marié à Sourdis le 18 janvier 1550 avec Marguerite Melun, époque à laquelle un nouveau château aurait été construit. Ce sont les ancêtres du colonel François-Ange-Théophile que nous venons d’évoquer. Leur petit fils René, épouse en 1666 à La Chapelle-Largeau, Henriette Bastard de la Cressonnière, une « locale », vivant à La Blandinière. Même chose pour son frère, Jacques qui se marie à Renée Robin et dont la fille, Renée-Brigitte épouse Charles Lelièvre que nous pensons être le président (ou le fils) de l’élection de Mauléon. Leur fille se marie à un Petit de la Guierche. Nous avons donc bien affaire ici à la branche locale.

L’autre branche thouarsaise, celle qui est restée dans l’Histoire et dont une rue porte le nom à Mauléon (rue du cardinal de Sourdis), nous l’avons dit, n’est plus vraiment locale à partir Jacques (décédé en 1615), fils d’Etienne et de Jeanne Tusseau, évêque de Maillezais et abbé commendataire de Saint-Jouin-de-Marnes. Son petit neveu est François qui suit. Il est le fils de François et d’Isabeau Babou de la Bourdasière.

François d’Escoubleau de Sourdis, serait né le 25 octobre 1574 à Saint-Jouin sous Mauléon, au château de Sourdis. Sauf que son père n’est pas seigneur de Sourdis à cette époque. Ce titre appartient au cousin. D’autres sources le font naître à Thouars ou à Paris. L’auteur de sa biographie, L.-W. Ravenez, se borne à le faire naître en 1575 et précise que sa famille était originaire du Bas-Poitou. Rien de plus précis. Dans d’autres sources, il voit le jour quatre ans plus tôt.
Ce qui est certain c’est qu’hormis cette naissance très hypothétique à Mauléon du futur cardinal, tout le reste de sa vie se déroule ailleurs.

Son frère, Henri d’Escoubleau de Sourdis né en 1593, devient évêque de Maillezais puis archevêque de Bordeaux. Il est très peu probable qu’il soit né à Saint-Jouin, puisqu’il est baptisé le 20 février 1593 à Saint-Germain-l’Auxerrois, et passe son enfance au château de Jouy-en-Josas le nouveau fief de la famille. Mort à Auteuil le 18 avril 1645 il est enterré à Jouy. Il n’a pas laissé un souvenir impérissable.

Malgré nos efforts, il sera sans doute compliqué d’être beaucoup plus précis. En 1778 François-Alexandre Aubert de la Chesnaye-Dubois dresse la filiation de la famille Escoubleau. Et déjà, elle est terriblement lacunaire sur les origines, les dates, les lieux.

Xavier MAUDET © 2020

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